Depuis la libéralisation du marché des hydrocarbures en 2016, les prix du carburant à la pompe sont devenus une hantise pour les différentes équipes aux manettes. Un indice également scruté par les usagers qui grognent ces derniers temps face à la hausse continue des prix à la pompe.
En effet, ce lundi 24 janvier le gasoil démarre 10,19 DH et l’essence à 12,12 DH, des prix dépassant largement les records de 2018.
Pays essentiellement dépendant de l’importation des produits, le Maroc n’est pas à l’abri de la flambée des cours mondiaux du pétrole.
Une hausse des cours qui n’a pas été prise en considération dans les hypothèses de la Loi de Finances 2022 qui table sur un prix du baril à 80 dollars.
La semaine dernière, les prix du Brent et du WTI ont atteint 88,13 et 85,74 dollars, leur plus haut niveau depuis sept ans en raison des tensions géopolitiques, les interruptions de production et surtout la reprise de la demande face à des capacités limitées de production des pays de l’OPEP.
Et ça ne va pas se calmer pour autant. En effet, Goldman Sachs s’attend à ce que le prix du baril de Brent atteigne 100 dollars au second semestre de cette année, évoquant un impact moindre que redouté du variant Omicron sur la demande, conjugué à une perturbation accrue de l’offre. Mêmes prévisions du côté de Morgan Stanley.
Pour sa part, Craig Erlam, l’analyste principal d’OANDA, a déclaré à City A.M. que les prix du pétrole pourraient atteindre 100 dollars le baril au cours du premier trimestre, suite aux intenses reprises de ces derniers jours.
Donc pas d’accalmie sur les prix durant les prochains mois, ce qui suscite des inquiétudes puisque la flambée des cours à l’international si elle provoque une hausse des prix du carburant, elle augmente les prix intérieurs, réduit le pouvoir d’achat et affecte la consommation des ménages. Elle se traduirait aussi par une baisse de l’investissement, de l’emploi et de la croissance et une aggravation de la détérioration de la balance des paiements. Et ce n’est pas ce qui manque pour une économie qui peine à assurer une croissance durable et inclusive.
Ce qui pose avec acuité l’urgence de la réaction de notre gouvernement pour juguler cette hausse continue qui intervient dans un contexte de renchérissement du coût de la vie et une conjoncture de relance.
Question à laquelle ne n’avons pas encore eu de réponse, mais quelques scénarios se dégagent et dont la faisabilité reste tributaire du courage politique de l’exécutif.
La première solution, rapide et pas coûteuse, c’est d’agir sur la tarification à travers l’activation de l’article 4 de la Loi No 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence, laquelle loi qui s’applique entre autre à toutes les activités de production, de distribution et de service.
Cet article stipule que « Les dispositions des articles 2 et 3 ci-dessus ne font pas obstacle à ce que des mesures temporaires contre des hausses ou des baisses excessives de prix, motivées par des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un secteur déterminé, peuvent être prises par l’administration, après consultation du Conseil de la concurrence. La durée d’application de ces mesures ne peut excéder six (6) mois prorogeables une seule fois ».
Mais c’est sans compter le très puissant Groupement des pétroliers du Maroc au centre même du dossier des pratiques anti-concurrentielles sur le marché des hydrocarbures et qui n’a pas été (encore) inquiété sur les bénéfices faramineux engrangés par ses membres, bien qu’il s’en soit défendu.
On se rappelle encore le revers essuyé par Lahcen Daoudi à l’époque à la tête du ministère des Affaires générales sur le plafonnement des prix et des marges bénéficiaires des carburants liquides. A l’époque et même à ce jour, les mécanismes de calcul du prix du carburant à la pompe sont méconnus si ce n’est la marge fixe des stations fixée à 0,40 centimes le litre, que les cours augmentent ou baissent. Pour les autres composantes, on n’en sait strictement rien !
L’actuel gouvernement réussira-t-il sur cette voie en usant de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence ?
La deuxième option face à un choc des prix est de recourir à une couverture de risque sur le futur prix du brut : le hedging. Une solution d’emblée coûteuse  mais en cas de flambée des cours, elle permet des économies au budget de l’Etat particulièrement la compensation, fixée cette année à 17 milliards de DH.
Cette option a d’ailleurs été évoquée par la ministre de l’Economie et des Finances devant les députés si la hausse atteint un certain seuil. Sans donner plus d’explications.
La troisième voie qui s’offre est celle du législatif, lente mais pérenne pour remédier aux fluctuations des prix qui donnent tant de tracas au gouvernement : la régulation des prix. A ce jour, le PPS et la CDT sont les seuls à avoir fait des propositions de loi dans ce sens, visant à exclure les carburants des produits libéralisés. Là encore, aucune suite n’a été donnée sur un dossier hautement politique aux retombées économiques.
En attendant que le gouvernement réagisse, les citoyens trinquent !
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