Rationalisation de la consommation énergétique, harmonisation de l’économie mondiale, respect de l’environnement… Autant de raisons qui motivent le changement d’heure, mais qui ne font pas encore l’unanimité, poussant le gouvernement à étudier la question. En attendant, le débat se poursuit encore autour de l’intérêt du GMT+1. Dr Saïd Guemra, expert conseil en management de l’énergie explique comment ce changement n’est pas la stratégie la plus efficace à suivre au nom de l’efficience énergétique. 
Challenge : Changer d’heure au nom de l’efficacité énergétique est une pratique courante, quel est le bilan du Maroc ? Qu’a-t-on réellement gagné en adoptant le GMT+1 ?
Parler du GMT+1 nécessite un retour à son origine, et les raisons qui ont motivé certains pays comme la France à l’adopter. Dans les années 70, et avec la crise énergétique de l’époque, la France a instauré le GMT+1 afin de réduire d’une heure la consommation relative à l’éclairage des administrations, avec l’ancien horaire 8h-12h et 14h-18h en ajoutant une heure à l’horaire normal permettant aux administrations de quitter plus tôt, et les gains pouvaient être mesurables, surtout que certaines administrations pouvaient arrêter plutôt le chauffage ou la climatisation.  Ceci avait du sens, mais également un impact sur la baisse de la demande de l’électricité de pointe qui se produit généralement entre 17h et 22h, cette pointe de puissance met tous les réseaux électriques en difficulté, car il faut satisfaire une demande électrique nationale avec des moyens de production coûteux.
Avec le passage de l’ancien horaire à l’horaire continue, cette mesure d’économie d’éclairage dans les administrations perd tout son sens, que vous quittez votre administration à 15h ou 16h, rien ne change en matière d’économie d’éclairage, dont le besoin ne se fait sentir que vers 17h en été avec des journées plus longues. L’argument d’économie d’éclairage perd alors tout son sens. 
Qu’en est-il du gain économique présenté comme l’un des arguments principaux au changement d’heure ?
Depuis des années, les gouvernements successifs présentaient cette mesure comme étant une économie d’énergie en illustrant avec le cas de la ville  Meknès avec une puissance de 70 MW, et 350 M$/an d’économie prévue au niveau des coûts énergétiques.  J’ai moi-même demandé les arguments, les modes de calculs, les modes de mesures, sans aucune réponse.  Dans le domaine de l’efficacité énergétique, et le développement des standards internationaux : Protocole International de Mesure et de Vérification de la Performance Énergétique : IPMPV qui permet aux États et aux entreprises, d’affirmer en toute transparence les économies effectivement réalisées.  Ces mesures n’ont en aucun cas été réalisées selon les standards internationaux.
Le Maroc est signataire du protocole de Paris, dont l’article 13 revient sur la transparence au niveau de la réduction des quantités de CO2 grâce aux énergies renouvelables, et à l’efficacité énergétique qu’on assume atteindre en adoptant le GMT+1.  Dans deux ans, des experts de l’ONU vont visiter tous les pays signataires de l’accord, pour vérifier effectivement les projets réalisés par chaque pays, comment allons-nous leur prouver l’économie inexistante de 70MW comme la ville de Meknès, grâce à GMT+1 ?  La même question de transparence se posera lors de ces évaluations : Le Maroc déclare un mix électrique renouvelable de 37%, alors qu’il n’est que de 17.8% en 2020, soit le double. On ne peut plus dire n’importe quoi comme avant, car les instances internationales ont un œil sur ce que nous faisons en matière d’atténuation des gaz à effet de serre.  Le Maroc a toujours été un pays crédible, et il faut qu’il le soit, y compris dans le domaine de l’énergie.
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Quelle alternative pourrait-on adopter au lieu d’un changement d’heure récurrent ?
Si nous disons que nous souhaitons réaliser des économies d’énergie dans les administrations publiques, nous n’avons qu’à mener des programmes d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelables dans les administrations, avec des résultats probants, et des baisses effectives de la facture électrique des administrations.  Prenons l’exemple d’un bâtiment administratif à Casablanca que nous avions doté des techniques de digitalisation de l’énergie afin de mieux comprendre sa consommation sur de longues durées.  En résumé, l’éclairage ne représentait que 5% de la consommation du bâtiment, 15% pour les serveurs informatiques, et 80% pour la climatisation, quelle est l’économie à réaliser sur l’éclairage même si on prive ce bâtiment d’éclairage, ça sera 5% au maximum.  Les analyses stockées au niveau de la Big data, ont montré que 71% de l’énergie totale du bâtiment est consommée quand il est vide : la climatisation est toujours en marche, aucun management de l’énergie.  Vous comprenez que le problème de la facture électrique des administrations est ailleurs, bien loin de l’éclairage, et du GMT+1.
L’alternative à GMT+1 serait de revenir à la notion d’exemplarité de l’Etat, en matière d’efficacité énergétique émise par Sa Majesté. Avec la nouvelle loi sur l’autoproduction, les énergies renouvelables comme le photovoltaïque, et le petit éolien, ne peuvent pas être adoptées dans les administrations à cause de la limitation à 10% de l’électricité injectée.  Avec les 52 Week End par an, et jours fériés, l’administration peut perdre jusqu’à 40% de l’énergie produite par les moyens renouvelables.  Il reste bien évidemment l’efficacité et la sobriété énergétique pour faire des progrès importants.
Les études quant à l’impact physiologique de ce changement d’heure sont nombreuses, pouvez-vous nous en parler plus en détail ?
Il ne faut pas oublier que le Maroc réalise quatre changements d’heures par an : deux en été et deux pour Ramadan. L’impact sur les citoyens marocains est nettement plus prononcé que sur les citoyens Européen par exemple. Pour expliquer l’impact physiologique de GM+1, les spécialistes avancent l’argument suivant : Indépendamment de l’heure, l’organisme rentre dans la phase de sommeil à son heure biologique, qu’il soit 23h ou minuit, mais le réveil du matin se fait en forçant l’heure biologique une heure plus tôt, et donc on n’est pas bien dans sa peau, alors que l’hormone du sommeil : la mélatonine, est toujours en sécrétion chez certains individus.  Les études ont montré la nette corrélation entre le GMT+1 et la consommation des antidépresseurs, certaines personnes sont en dépression chronique à cause du GMT+1. 90% des français sont contre l’horaire d’été. Bien évidemment,cela impacte la productivité au travail, nos enfants en classe, à moitié ou totalement endormis, les agressions nocturnes…
L’ancien gouvernement avait réalisé une étude d’impact de GMT+1 sur la société, cette étude a disparu, et le gouvernement a reconduit le GMT+1 sans arguments valables, laissant croire à l’existence d’autres pressions que nous ne connaissons pas pour garder le GMT+1. Le gain d’énergie au niveau des administrations ne tient pas la route, et j’espère, que le nouveau gouvernement qui commencé son mandat avec des taxes sur l’électroménager, encore une fois au nom des économies d’énergie, alors qu’il ne fait que surtaxer les couches vulnérables, puisse se rattraper et abolir le GMT+1.

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