Dans le Projet de Loi 2022, le nouveau gouvernement prévoit de nouvelles taxes qui pèseront sur les ménages marocains. Il s’agit notamment de 2 nouvelles taxes dites écologique et verte qui ciblent, entre autres, les téléviseurs, les ordinateurs… et aussi les réfrigérateurs, les congélateurs, ou encore les machines à laver le linge… Dr Saïd Guemra, Expert conseil en management de l’Énergie, décrypte cette nouvelle orientation du gouvernement.
Challenge: Comment appréhendez-vous l’instauration de la « taxe verte » par le nouveau gouvernement ?
Saïd Guemra: Comme on le dit souvent, l’argent n’a pas d’odeur, et la taxe n’a pas de couleur. Un pays peut instaurer une taxe afin d’encourager l’efficacité énergétique, ou une subvention pour les énergies renouvelables. Le meilleur exemple est la taxe carbone qui vient de dépasser les 65 Eu/Tonne, ce qui a permis de créer un formidable marché. La subvention des rénovations énergétiques des bâtiments, a permis la réduction des consommations relatives au chauffage à plus de 50% dans certains cas.
Les logements ont donc une classification énergétique de A à G, et les bâtiments mal classés, perdent de la valeur sur le marché de l’immobilier. Les États ont compris que l’économie réalisée chez le citoyen, c’est moins d’énergie primaire achetée sur un marché de l’énergie qui devient de plus en plus incertain, et finalement, c’est la nation qui se retrouve gagnante dans ce croisement de subventions et de pénalités, qui se résument aujourd’hui à la quantité de CO2 émise pour un usage précis.
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D’autres pénalités sont relatives aux ratios CO2 par unité de mesure. Un bâtiment ou une industrie peut être pénalisé pour mauvais usage de l’énergie ou de l’eau.  C’est ce qui nous attend en 2023 avec la taxe carbone aux frontières de l’Europe, ou bien par exemple un hôtel à 1800 Litres par nuitée, doit être pénalisé par rapport à un autre qui fait 150 litres par nuitée (Chiffres réels).  Toute cette introduction est là pour montrer le fonctionnement d’un marché que je qualifierais de vert. Il n’y a pas que des taxes qui rentrent dans cette équation.
D’entrée de jeu, le nouveau gouvernement donne un très mauvais signal aux Marocains, c’est-à-dire qu’il mettra des taxes tous azimuts au niveau des équipements les plus utilisés par les ménages. Je crois même que les tablettes vont être taxées, au moment où nous avons fait un grand pas en matière de digitalisation de l’enseignement, bien évidement sous la pression de la pandémie de Covid 19.
Contrairement aux énergies renouvelables avec un mix électrique de 17.8%, aucun des gouvernements des 20 dernières années ne s’est intéressé à l’efficacité énergétique.  Il n’y’a aucun sens à venir taxer les Marocains au nom de l’efficacité énergétique, alors que rien n’est fait dans ce domaine.
On ne peut pas sortir le bâton et cacher la carotte. Toutes les projections montrent que l’humanité ne pourra arriver à la neutralité carbone en 2050 uniquement avec les renouvelables, nous devons impérativement baisser nos consommations via l’efficacité énergétique, qui est la priorité nationale du plan de transition marocain instauré par Sa Majesté en 2009.
Au lieu de s’attaquer de manière frontale à la problématique de l’efficacité énergétique, via des programmes de formation, et des réalisations concrètes et mesurables dans le domaine de l’efficacité énergétique, qui reste le parent pauvre de notre politique énergétique, avec un bilan quasi-nul, le nouveau gouvernement a préféré instaurer une taxe dite « verte » pour encourager les Marocains à réaliser des économies d’énergie, rien que ça !
Challenge: A votre avis, qui seront les plus touchés ?
Pour bien comprendre l’impact de ces taxes, nous allons prendre l’exemple des lampes à incandescence, généralement entre 75 et 100 W, les moins performantes par rapport à équivalent LED de 7 à 10 W. La lampe à incandescence verra ses droits de douane passer de 2.5% à 40%, mais qui achète les lampes incandescence à 4 DH ? Ce sont les couches défavorisées qui ne peuvent pas acheter la lampe LED à 20 ou 25 DH, ce qui explique pourquoi nous avons un marché des lampes à incandescence, encore actif, alors que plusieurs pays ont interdit leur usage.
Le prix de la lampe à incandescence va donc passer de 4 à 6 Dh, pénalisant en premier lieu les couches les plus défavorisées, les plus aisés achètent des lampes LED. Le pire, c’est qu’au niveau de la consommation de l’éclairage, les lampes à incandescence installées chez les moins aisés consomment dix fois plus que les lampes LED installées chez les familles les plus aisées. Je ne comprends pas que le gouvernement soit passé à côté d’une telle problématique !
La question est plus grave encore en ce qui concerne la taxe sur les machines à laver et les réfrigérateurs les moins performants.  Ces réfrigérateurs sont acquis à un prix moyen de 2000 DH, contre une moyenne de 5000 DH pour les réfrigérateurs performants : A+ et A++ de marque reconnue. Les couches les plus défavorisées font l’acquisition de ces réfrigérateurs inefficaces et bon marché.  Ils sont à plus de 2 kWh/jour, contre moins 1 kWh/jour pour les plus performants.
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Nous sommes ainsi dans le paradoxe où les couches sociales les plus défavorisées sont celles qui consomment relativement plus par usage : réfrigération et éclairage. La nouvelle taxe va concerner les classes énergétiques les moins performantes : E-F-G….celles acquises par les couches les plus défavorisées, les plus aisées ne seront pas concernées ! Voilà ce qui pose un réel problème.
Je crois qu’il faut faire exactement l’inverse de cette politique. Il faut aider nos couches sociales à disposer d’un éclairage performant, d’un réfrigérateur et machine à laver performants, à avoir des renouvelables. C’est le Maroc qui gagne sur sa facture énergie en fin de compte !  Si le gouvernement a besoin de ressources, il doit plutôt baisser la facture énergétique de la nation.  L’énergie « sociale » ne peut pas être gérée par des taxes !
Challenge: Comprenez-vous les raisons avancées pour justifier une telle taxe ?
Absolument pas.  C’est une taxe qu’on veut colorier en vert, sans aucune étude d’impact sur les citoyens.  Vous ne pouvez pas ne rien faire dans le domaine de l’efficacité énergétique, et venir taxer la population au nom de cette efficacité énergétique.  Au moment de son élection, le gouvernement a fait des promesses très généreuses, et je pense qu’il cherche toutes les ressources possibles et imaginables pour financer son programme.
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Si l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables sont encouragées avec des programmes concrets au profit des couches sociales les plus défavorisées, ce sera du charbon et du pétrole en moins à importer. Mais, je ne pense pas qu’on est en train de suivre cette logique.
Nous sommes bien plus dans une optique d’offre énergétique maximale, quand des programmes d’autres pays permettent une économie de plus 70% de la facture des ménages.  C’est parfaitement possible chez nous, mais il me semble que cette voie d’optimisation énergétique ne sera jamais suivie.

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