Par Y. Seddik
 
L’échéance est proche. En 2023, l’Europe devra appliquer une taxe carbone à ses frontières. Les entreprises exportatrices peu investies dans le verdissement dans leurs process seront sans doute lourdement pénalisées. Ceci alors que 65% des exportations marocaines vont vers le Vieux Continent.
«Le Maroc s’est résolument engagé dans la transition verte de son économie en optant pour la décarbonisation de son industrie, qui s’impose désormais en tant que critère important d’accès aux marchés étrangers», a déclaré Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Économie verte et numérique, lors de la mise en route du programme «Tatwir pour la croissance verte».
Avec l'adoption de l'Europe d'une taxe carbone sur les produits industriels fabriqués avec de l'énergie fossile, les exportations marocaines risquent d’être plus taxées, voire même être interdites d'accès au territoire européen. «Le développement durable n'est pas un luxe, c'est un must. Nos produits doivent avoir un bilan carbone faible pour pouvoir s'exporter», a indiqué cette semaine Said Mouline, Directeur général de l’Agence marocaine pour l'efficacité énergétique (AMEE), lors de la 2ème édition des rendez-vous de l'industrie.
Mais s’orienter vers des processus verts pour «décarboner» ses produits signifie aller vers des technologies nouvelles souvent plus chères, d’où la nécessité de les subventionner. C’est alors que se pose la question du financement de la transition énergétique et le rôle que peuvent jouer les banques dans ce sens. Car la mutation vers une économie bas carbone suppose un recours massif à la finance privée, à ce jour encore bien trop court-termiste et insuffisamment sensible aux enjeux climatiques au Maroc. Toutefois, des acteurs financiers puissants commencent à en prendre conscience.
Financement vert de la BERD au Maroc
C’est le cas de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), qui multiplie ses interventions au Maroc. Cette dernière aura ainsi financé d’ici fin 2025 au total 360 millions d’euros de lignes de financement vert au Royaume. Globalement, le modèle de financement vert de la BERD fournit des lignes de crédits aux institutions financières partenaires locales cherchant à développer de manière durable leur activité «finance verte».
Notons que la ligne de financement verte est accessible via les banques partenaires (Bank of Africa, Banque Centrale Populaire, Crédit du Maroc, Société Générale ainsi que leurs filiales leasing). Ces banques prêtent aux PME, aux grandes entreprises et aux particuliers. L’objectif étant de financer des projets d’efficacité énergétique, des projets d’énergies renouvelables,… et ce avec l’accompagnement des équipes de consultants. Pour ce qui est du Green Economy Financing Facility, qui est la dernière offre de financement vert de la BERD, ce package intégré compte 163 millions d’euros alloués au Maroc (18 millions d’euros financés par l’UE).
Somme toute, les banques marocaines demeurent peu actives dans le processus de financement de la transition énergétique. Aujourd’hui, elles ne sont impliquées que via les lignes de crédit des banques étrangères. Pour certains spécialistes que nous avons contactés, c’est aussi une problématique du côté de la demande, puisque les entreprises marocaines sont très peu engagées dans la transition vers une économie à bas carbone. Seules les grosses industries et les entreprises publiques s’y intéressent.
Rappelons que les investissements verts au Maroc se sont chiffrés à seulement de 111,5 Mds de DH entre 2011 et 2018. La commande publique représente, à elle seule, près de 74% de ce montant. La production d’énergie, les infrastructures de transport et l’agriculture font partie des secteurs ayant capté les 111,5 Mds de DH investis sur la période. Enfin, les investissements verts tournent autour de 14 Mds de DH par an. Or, au regard des engagements du Maroc, 74 Mds de DH doivent être investis annuellement.
Un effort du secteur public pour la TPME
Déployé à travers Maroc PME et l’AMEE, «Tatwir pour la croissance verte» comprend une offre sous forme de primes d’investissement de 30% pour l’appui au financement des équipements industriels. Il inclut également une aide remboursable de 5% du projet d’investissement pour contribuer au financement des besoins en fonds de roulement des projets d’amorçage dans de nouvelles filières industrielles vertes.
Parallèlement, il propose une prise en charge allant jusqu’à 50% des dépenses engagées en matière d’innovation et de développement des produits, notamment les frais d’études techniques, de développement des maquettes et de prototypes, de tests et analyses de laboratoires, de brevets et marques. Enfin, le programme prévoit une prise en charge allant jusqu’à 80% pour les PME et 90% pour les TPE au titre des actions de conseil et d’expertise.
 
 
 
 
 
 
 

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