Un précédent article[1] expliquait pourquoi les efforts du Maroc dans le domaine des énergies renouvelables ont mérité d’être couronnés par les organisations internationales[2], [3]. Mais le même article disait aussi que, malgré cela,  un véhicule électrique dont les batteries seraient rechargées par le réseau électrique marocain actuel pollue plus qu’un véhicule diesel récent de taille équivalente. Certes, cette affirmation exclut les véhicules électriques rechargés par une installation solaire, mais pourquoi cette affirmation ?
Sauf quand mentionné, la totalité des sources de départ sont officielles :
La Figure 1 montre les chaînes de conversion d’énergie : d’un moteur à combustion interne (en noir), d’un électrique alimenté par le réseau électrique marocain (en rouge), espagnol (en jaune) ou français (en bleu).
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Figure 1 Conversion d’énergie depuis l’origine jusqu’au travail mécanique fourni aux roues d’un véhicule
Les chiffres de la Figure 1 vont jusqu’au travail mécanique fourni aux roues des quatre véhicules à travers toute la transmission mécanique et, même s’ils peuvent varier quelque peu d’une année à l’autre, ils montrent un classement sans équivoque possible :
–          plus d’un quart de plus qu’une voiture diesel récente,
–          plus de sept fois plus qu’une voiture électrique rechargée sur le réseau électrique espagnol,
–          plus de sept fois plus qu’une voiture électrique rechargée sur le réseau électrique français.
Malgré cela, il reste vrai qu’en déplaçant les émissions vers les lieux de production d’électricité fossile, tous les véhicules électriques évitent de polluer les villes. Toutefois, tant que le Maroc ne sera pas encore capable de produire de l’électricité qui émette moins de 566 grammes de CO2 par kWh, les véhicules électriques se rechargeant sur le réseau électrique marocain émettront plus de gaz à effet de serre que les véhicules propulsés par des moteurs à combustion interne, à travail mécanique identique.
L’énorme écart entre les émissions de gaz à effet de serre par l’électricité produite en France (58) et celle produite au Maroc (721) provient, bien sûr, de la différence du mélange des technologies de production d’énergie électrique (communément appelé « mix » électrique). Le mix électrique des trois pays est montré dans le Tableau 1, aucun d’entre eux n’est autosuffisant en combustibles fossiles : charbon, pétrole, gaz naturel et uranium (même si l’on continue encore à faire croire aux français que les centrales nucléaires contribuent à leur indépendance énergétique alors que l’extraction d’uranium est nulle depuis 2003).
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Tableau 1 Mix d’énergie électrique produite (TWh = TéraWatt-heure) au Maroc, en Espagne et en France en 2020
Il est bien entendu que l’opportunité de l’électronucléaire pour le Maroc nécessiterait bien plus que ce simple Tableau 1 qui n’a pas d’autre prétention que celle d’illustrer les différents mix énergétiques des véhicules considérés dans la Figure 1.
Contrairement à ce qui a été explicitement écrit dans les titres de la presse et largement repris et applaudi dans les réseaux sociaux, le Maroc n’a plus jamais atteint 40% d’électricité renouvelable depuis 1974, bien qu’il l’ait légèrement frôlé en 1979 avec 38.8%, comme montré dans le graphique inséré dans la Figure 2 (cent ans de production électrique !). Il ne l’atteindra pas non plus en 2022 mais en fait, ces titres erronés ont été subrepticement suggérés par une phrase du Dossier de Presse[16] du 16 février 2022 sur la 6ème Session du Conseil d’Administration de l’ONEE.
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Figure 2 Satisfaction de la demande annuelle en électricité au Maroc[17][18] de 1925 à 2021
Les tournures des phrases qui peuvent être mal interprétées et la « redéfinition » de certains concepts techniques n’induisent en erreur que les moins avertis mais ne changent rien à une double réalité :
Ceci étant dit, il est fort probable qu’en 2022, un peu plus de 40% des capacités, mais pas l’énergie, soient effectivement renouvelables. Malgré cela, tant qu’il n’y aura pas d’approvisionnement régulier en gaz naturel, les émissions par kWh risquent d’augmenter à court terme à cause de la substitution de l’électricité qui était produite par les centrales à cycle combiné au gaz naturel par de l’électricité produite par des centrales entraînées par des turbines à vapeur au charbon et au fuel, ce qui a déjà été le cas en fin 2021.
C’est la réalité du Maroc qui compte et non pas ce que l’on voudrait laisser croire aux marocains. Il va falloir tourner le dos aux jeux de mots et aux tournures des phrases qui induisent en erreur les citoyens (journalistes ou simples citoyens) et s’habituer enfin à « appeler un chat un chat« .
F3
La Figure 3 montre qu’avec ses 721 grammes de CO2 par kWh en 2020 (Tableau 1), l’électricité produite au Maroc pollue même plus que celle produite en Pologne (670 grammes), qui est, à ce titre, qualifié du « plus mauvais élève européen » avec son mix électrique lui aussi fortement marqué par l’usage du charbon. La moyenne mondiale s’élevait à 470 grammes de CO2 par kWh[19] et n’a baissé que de 10% de 2010 à 2018 alors que les émissions de l’électricité produite au Maroc s’abaissaient de 15% sur la même période1. Mais malgré cette bonne performance relative, le Maroc part de trop haut et finira par payer cher, en tant que pays, si nous n’accélérons pas la décarbonation de notre électricité.
Figure 3 Carte d’Europe 2020 des facteurs d’émission de l’électricité produite[20]
Il va falloir se retrousser les manches pour mettre en œuvre le plan gaz afin que tout soit prêt à la substitution du charbon en 2044, d’opérationnaliser le plan hydrogène, d’installer les capacités renouvelables nécessaires ainsi que celles du stockage approprié (par STEP, par hydrogène ou autre) pour répondre à une demande en puissance supposée pouvoir augmenter en moyenne de 175 MW par an.
L’accélération nécessaire doit prendre en compte le déploiement progressif des véhicules électriques qui ne doivent plus se contenter de déplacer la pollution des lieux de circulation automobile vers les lieux de production d’électricité et le seul moyen est de baisser fortement le facteur d’émission de l’électricité prélevée sur notre réseau électrique. En attendant les « grands virages de 2044 », on pourrait contribuer quelque peu à la décarbonation progressive par l’amélioration des rendements des réseaux électriques[21] ainsi que par l’autoproduction d’électricité solaire[22]… à condition qu’on l’encourage au lieu d’en dissuader les acteurs[23].















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