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Par : Pavel Sinka | EURACTIV.com | translated by Arthur Riffaud
14-06-2022
L’année dernière, 45 % de la consommation d’énergie primaire de la Roumanie a été assurée par des importations, selon l’Institut national des statistiques du pays. [Robert Ghement / EPA-EFE]
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Le gouvernement roumain souhaite transformer l’infrastructure énergétique et le bouquet énergétique du pays afin d’atteindre l’indépendance énergétique, mais les experts alertent sur les problèmes qui subsistent, tandis que les groupes de défense de l’environnement réclament un rôle plus important pour les énergies renouvelables.
L’année dernière, 45 % de la consommation d’énergie primaire de la Roumanie a été assurée par des importations, selon l’Institut national des statistiques du pays. Le pays dépend des importations russes pour 29 % de sa consommation de gaz et pour un quart de ses importations de carburant, selon l’Association pour l’énergie intelligente en Roumanie.
Transgaz, le gestionnaire du réseau de transport de gaz naturel roumain, a déclaré que la consommation annuelle variait entre 11 et 12 milliards de mètres cubes (bcm) et pourrait augmenter de huit autres milliards par an.
Toutefois, le ministère de l’Énergie a déclaré que la Roumanie est l’un des États les moins dépendants du gaz russe, car ni l’État roumain ni les entreprises n’ont de contrat avec Gazprom. Il existe néanmoins des intermédiaires de la société russe qui vendent du gaz en Roumanie.
«  La vulnérabilité d’un pays n’est pas seulement donnée par la quantité qu’il importe en un an, mais par l’importance de la consommation maximale en une heure/jour, quelles sont les ressources horaires stockées sur lesquelles vous pouvez compter si vous n’avez pas de gaz d’importation, quelles sont les alternatives énergétiques immédiates qu’un consommateur peut utiliser en cas de manque de gaz et surtout si l’importation est la source qui va vous faire perdre votre équilibre  », a déclaré Dumitru Chisăliță, président de l’Association pour l’énergie intelligente (AEI).
La Roumanie a déjà identifié des sources et des voies d’acheminement alternatives pour le gaz naturel afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations russes, mais elle a besoin que les couloirs gaziers de la région deviennent opérationnels.
La situation pourrait changer plus tard cette année, lorsque l’extraction des 200 milliards de mètres cubes de réserve de gaz de la mer Noire entrera en application. Une loi adoptée le mois dernier donnant au gouvernement un droit de préemption pour acheter.
Plus d’un tiers de la production d’électricité de la Roumanie est assurée par l’hydroélectricité, suivie par le charbon et l’énergie éolienne (environ 16 % chacun), les combustibles fossiles avec 14,3 %, et la contribution de l’énergie nucléaire et solaire un peu plus de 7 % chacun.
«  En raison de la faible croissance actuelle des énergies renouvelables dans le pays, les projections indiquent que la Roumanie n’atteindra pas l’objectif de l’UE de 32 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030, même si leur part réelle dans le bouquet énergétique est déjà de 25 %  », indique l’indice de performance en matière de changement climatique 2022, qui recommande aux responsables politiques d’accélérer leurs ambitions, étant donné que le plan national de relance et de résilience (PNRR) prévoit l’élimination progressive du lignite et de la houille d’ici à 2032.
Le gouvernement roumain attend 16 milliards d’euros de fonds européens jusqu’en 2030 pour développer son secteur énergétique dans le cadre de la transition vers une économie respectueuse de l’environnement et pour lutter contre les effets du changement climatique.
Le Fonds européen pour la modernisation soutient 10 États membres à faible revenu dans leur transition vers la neutralité carbone et pourrait apporter 1,1 milliard d’euros supplémentaires pour renforcer le réseau de distribution d’énergie.
La Commission européenne a déjà approuvé une aide à la restructuration de 2,66 milliards d’euros pour le troisième producteur d’électricité du pays, Oltenia Energy Complex, afin de remplacer la production d’électricité à base de lignite par de l’électricité produite grâce au gaz naturel et aux énergies renouvelables (1,2 GW de turbines à cycle combiné et 725 MW d’énergie photovoltaïque).
Lors d’une discussion avec le président du Conseil européen Charles Michel, le président Klaus Iohannis a réitéré le soutien de son pays à l’énergie nucléaire et au gaz naturel, en tant qu’options pour une transition énergétique abordable.
Les fonds seront également affectés à la modernisation de la ligne électrique située à proximité de la mer Noire, afin de permettre l’installation de 600 MW supplémentaires d’énergie renouvelable dans cette région.
La Roumanie a consacré 1,6 milliard d’euros au secteur de l’énergie dans son plan de relance national adopté à la suite de la pandémie de Covid-19. Ce montant comprend 460 millions d’euros pour la production d’énergie renouvelable, 300 millions d’euros pour la cogénération à haut rendement et 200 millions d’euros pour la capacité de production intégrée de batteries et de panneaux photovoltaïques.
Le président de l’AEI reste malgré tout pessimiste.
«  Même si nous parvenons à produire de l’énergie renouvelable pour la totalité de la consommation nationale, nous serons toujours dépendants de l’importation de technologies  », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Le plan national intégré de la Roumanie dans le domaine de l’énergie et du changement climatique (PNIESC) propose 5,1 GWh de capacités solaires et 5,3 GWh de capacités éoliennes d’ici à la fin de la décennie et d’augmenter le nombre de prosommateurs d’énergie.
Cristian Bușoi, le président roumain de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie (ITRE) du Parlement européen, estime également que la société a un rôle important à jouer grâce aux programmes nationaux et à la stratégie sur l’énergie solaire de l’UE.
«  La Roumanie a pris des mesures importantes en faveur de l’indépendance énergétique aux niveaux de la planification, de la politique et de la stratégie. Nous devons nous assurer que cela se produit également dans la pratique, car le pays n’a malheureusement pas une brillante capacité de mise en œuvre des projets », a déclaré à EURACTIV l’eurodéputé de centre-droit du Parti populaire européen (PPE).
Selon lui, ces investissements demandent des efforts, mais les fonds de l’UE et les prêts à faible taux d’intérêt couvrent la majeure partie.
«  Avec la loi sur l’exploration en mer, nous aurons, en 2026-2027, d’importantes quantités de gaz qui assureront non seulement l’indépendance énergétique, mais aideront également les pays voisins  », a ajouté M. Bușoi, rappelant également les projets d’énergie nucléaire de la Roumanie et la possibilité d’utiliser des pompes à chaleur pour les systèmes de chauffage communaux, ce qui pourrait être une solution pour la capitale.
Lors d’une discussion avec le président du Conseil européen Charles Michel, le président Klaus Iohannis a réitéré le soutien de son pays à l’énergie nucléaire et au gaz naturel, en tant qu’options pour une transition énergétique abordable.
Des sources du marché ont rapporté que les plus grands producteurs de gaz naturel de Roumanie, Romgaz et OMV Petrom, prévoient d’investir dans un projet commun de production d’hydrogène dans un parc éolien proche de la mer Noire, tandis que Transgaz envisage un investissement de 626 millions d’euros dans la construction de canalisations pour le transport de l’hydrogène.
Un rapport commandé par l’Union européenne sur l’hydrogène mentionne un projet visant à produire plus de 80 000 tonnes d’hydrogène vert par an dans la région roumaine de Dobrogea et à l’exporter en Autriche et en Allemagne sur le Danube.
S’adressant à EURACTIV, la coordinatrice de la campagne de transition énergétique a déclaré que si le gouvernement roumain veut rendre l’énergie abordable, il doit stimuler les investissements en matière d’efficacité énergétique, comme les programmes de rénovation des logements, cibler les consommateurs vulnérables, installer des technologies de production d’énergie renouvelable et donner la priorité aux énergies renouvelables, tout en modernisant le réseau électrique.
«  La Roumanie dispose d’un énorme potentiel en matière d’éolien en mer qui devrait être exploité. Ces mesures permettraient d’éviter d’accroître la dépendance du pays à l’égard des gaz fossiles et de respecter ses engagements en matière de climat et d’énergie  », a-t-elle conclu.
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