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« La transition énergétique est une opportunité pas une menace », Une interview de Carl Slotte, président de Volvo CE Europe
propos recueillis par Jean-Noël Onfield
Quelles sont vos prévisions d’activité pour l’année 2022 ?
Nous percevons les premiers signes du ralentissement du marché mondial. En Europe, nous avons révisé nos prévisions de croissance à la baisse. Elles oscillent à présent entre 0 à 10% contre 10 à 20% auparavant. La dynamique de marché n’est plus la même qu’il y a six mois. Sur le continent américain, et en Amérique du Nord en particulier, la demande reste forte. Nos prévisions restent bien orientées, avec des ventes qui devraient progresser entre 10 et 20%. Un marché est particulièrement préoccupant : c’est la Chine. Nous envisagions une contraction de la demande entre 20 et 30%. La baisse sera vraisemblablement encore plus marquée.
Observez-vous des améliorations sur la chaîne logistique ?
Nous faisons face à deux problèmes. Le premier a trait aux difficultés d’approvisionnement que nous rencontrons nous-même. Cela nous impacte directement. Le second problème que nous rencontrons concerne nos fournisseurs et les fournisseurs de nos fournisseurs. Depuis le début de la pandémie, la chaîne logistique est dégradée. Les confinements successifs qui sont intervenus encore récemment en Chine ont amplifié les difficultés qui devraient perdurer encore longtemps. Le défi est de gérer au mieux nos approvisionnements alors que tout est désorganisé.
Cela laisse augurer une détérioration de la marge qui s’est élevée à 13,3 % en 2021 pour l’exercice en cours année ?
Personne ne sait comment les choses vont évoluer à terme. La visibilité est faible. Ce qui est positif c’est que nous disposons d’un très bon carnet de commandes. C’est évidemment un avantage. En matière de demande, nous restons confiants pour l’année en cours. La question est de savoir ce qu’il en sera en 2023.
Avec les quatre années de recul dont vous disposez depuis le virage en faveur de l’électromobilité, quel bilan pouvez-vous dresser ?
Nous avons pris la bonne décision au bon moment. En matière d’efficacité opérationnelle des machines, nous avons été très surpris par les performances enregistrées par nos premières machines électriques. La technologie est en phase avec les exigences de productivité attendues. Les retours de nos clients sont très positifs. Nous poursuivons notre apprentissage sur les questions d’autonomie, de recharge et d’organisation du chantier. L’année dernière, nous avons commercialisé 321 matériels électriques. Les retours d’expérience deviennent de plus en plus instructifs. Nous sommes donc confiants dans le déploiement de nouveaux modèles compacts portant à cinq le nombre de références disponibles. L’effet gamme doit jouer et permettre d’en vendre davantage cette année. Plus que jamais Volvo CE entend être un acteur de la transition énergétique.
La présentation de la première pelle électrique de 23 t annonce-t-elle la montée en gamme de Volvo CE ?
La pelle sur chenilles EC 230 Electric est une machine pilote en phase de validation en Norvège. Ce pays offre des subventions importantes pour favoriser les matériels électriques. Cette pelle sera commercialisée dès 2023 dans sur des marchés sélectionnés. Les technologies avancent rapidement. La capacité de batteries évolue en permanence. Cela ouvre des perspectives. Volvo CE développera d’autres modèles sur des tonnages supérieurs.
Ces matériels ne peuvent s’envisager sans services et ni écosystème. Quelle est la stratégie de Volvo CE en la matière ?
Les services contribuent à hauteur de 14% au chiffre d’affaires de Volvo CE. Ils constituent la clé de voûte de notre stratégie. Cela vaut pour nous-même, mais aussi pour notre réseau et nos clients. Pour être en capacité d’offrir le service à votre client, il faut pouvoir s’appuyer sur des distributeurs capables eux-mêmes de servir l’utilisateur final. C’est tout autre chose que de ventre un matériel, en particulier dans le domaine des compétences. Cela induit de profonds changements quel que soit le client et quelle que soit la machine. Les besoins et les attentes de service ne seront pas les mêmes selon que l’on s’adresse à Colas ou à un entrepreneur qui a une pelle et deux chargeuses en parc. Pourtant dans les deux cas, ils attendent de la productivité. À nous, avec notre réseau, d’apporter des solutions personnalisées dans le domaine du matériel, de son exploitation et de l’organisation du chantier.
Vous proposez même à vos clients de les aider à décarboner leur activité. Cela implique de remonter dans leur chaîne de valeur. Sont-ils d’accord ?
C’est une question fondamentale. Nous nous adressons aux majors du secteur de la construction et de l’industrie minérale. Ce sont les mêmes qui nous interrogent et nous demandent ce que l’on peut faire pour réduire l’empreinte carbone de leur chantier ou de leur exploitation. Ils sont demandeurs, ce qui, de mon point de vue, est une très bonne chose. L’approche ne peut être que collaborative et oblige les deux parties. Chacune a ses propres objectifs de sa feuille de route pour tendre vers la neutralité carbone. C’est tout l’enjeu de la démarche. C’est ensemble que nous analysons le besoin, déterminons les objectifs et les matériels à même de les atteindre. Cette démarche nous lie dans la durée. Cette approche change le modèle économique du constructeur mais aussi de son distributeur.
La pérennité de ces derniers n’est-elle pas remise en cause ?
La transition énergétique est une opportunité, pas une menace pour tous les acteurs de la filière. Si nous parvenons à réduire leur empreinte carbone de nos clients et à remplir leurs objectifs de développement durable, nous offrons alors de plus grandes opportunités de business à nos distributeurs. Cela parce qu’ils ne se contenteront pas de vendre des matériels de chantier. Ils apporteront une prestation de service à valeur ajoutée à nos clients. Le service s’entend au sens large et inclut, notamment, la gestion de l’énergie sur le chantier. C’est un vrai défi. Dans le domaine des batteries, les choses évoluent vite et la technologie peut changer. C’est pour cette raison que nous proposons des Powerpacks à la location. Nous ne voulons pas que nos clients prennent un risque. Nous sommes convaincus que c’est une chance ! Le recours à la location est également un moyen de mutualiser les moyens, donc de réduire son empreinte carbone.
Les loueurs sont-ils moteurs dans les matériels électriques ?
Pas autant que nous pourrions l’espérer. La demande existe mais elle n’est pas aussi forte. Nous escomptions davantage. Avec cinq modèles compacts, l’arrivée prochaine d’une pelle électrique de 23 t et la mise en place de tout l’écosystème du matériel électrique sur le chantier, la demande va s’intensifier. Vous avez débuté dans la transformation énergétique en 2018 avec un client Grand Compte engagé dans la démarche Sciences Based Target. Aujourd’hui ils sont 20, dont plus d’un tiers de groupes français.
Comment expliquez-vous cela ?
Le marché français de la construction est structuré autour des grands comptes. C’est également le cas du secteur de la location. Bouygues, Colas, Eiffage, Loxam, NGE, Veolia et Vinci sont associés à notre démarche. Cela traduit également l’implication de ces groupes dans leur transformation énergétique, avec une feuille de route précise et des objectifs quantifiés. La France compte parmi les marchés les plus en avance ? Je ne parlerais pas de marché mais de clients. Quel que soit le marché, vous avez toujours des clients plus avant-gardistes que d’autres.
Où en êtes-vous dans le domaine des matériels autonomes ?
Nous prévoyons que le premier site sera opérationnel cette année, chez notre client Holcim en Suisse. Le pilote commercial est en cours de finalisation. Les matériels sont opérationnels et les modes de paiement en cours de finalisation. C’est une étape capitale car dans notre concept, le mode de rémunération ne porte que sur les tonnes de matériaux produites. Il est donc capital de bien appréhender les coûts horaires d’exploitation.
Qu’entendez vous par « le partenariat est le nouveau leadership » ?
Cela signifie que nous ne ferons pas la transition énergétique seuls. Ce changement technologique implique une collaboration étroite avec nos clients, nos distributeurs mais aussi les sociétés impliquées dans les nouvelles technologies. Il faut arrêter de penser que nous pouvons tout faire par nous-même. Avant la pandémie, nous aurions sûrement raisonné différemment. Aujourd’hui, il est important de s’entourer de parties prenantes du secteur des nouvelles technologies. Le progrès va trop vite. Il faut être toujours plus rapide et plus agile.

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