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Par : Kira Taylor | EURACTIV.com | translated by Anne-Sophie Gayet
16-05-2022
Centrale géothermique située sur la péninsule de Reykjanes, en Islande. [Johann Ragnarsson / Shutterstock]
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La Commission européenne doit présenter mercredi (18 mai) son plan pour s’affranchir des combustibles fossiles russes mais, à l’exception d’un nouvel élan pour les pompes à chaleur, on constate des oublis majeurs lorsqu’il s’agit de la décarbonation du chauffage et des systèmes de refroidissement, estiment les représentants de l’industrie.
En mars, l’exécutif européen a présenté des propositions visant à réduire de deux tiers la consommation de gaz russe avant la fin de l’année dans le cadre d’une initiative plus large visant à s’affranchir de tous les combustibles fossiles russes « bien avant 2030 ».
La Commission européenne a présenté des propositions visant à réduire de deux tiers la dépendance de l’UE à l’égard du gaz russe d’ici la fin de 2022, mardi 8 mars, dans le cadre d’un plan visant à promouvoir l’indépendance de tous les combustibles fossiles russes « bien avant 2030 ».
L’exécutif européen devrait maintenant donner suite à ces plans avec des propositions plus détaillées pour accroître l’indépendance énergétique de l’Europe qui seront présentées mercredi (18 mai).
Cependant, les représentants des secteurs du chauffage urbain et de la géothermie affirment qu’il faut accorder une plus grande importance au chauffage et au refroidissement si l’Europe veut réussir à se détacher de la Russie et à décarboner son système énergétique.
« Stimuler les énergies renouvelables et exploiter le potentiel de la chaleur résiduelle dans le secteur du chauffage est absolument essentiel », a déclaré Aurélie Beauvais d’Euroheat and Power, une association professionnelle représentant le secteur du chauffage urbain. « Le chauffage et le refroidissement, que ce soit dans les bâtiments ou dans l’industrie, représentent la moitié de la consommation d’énergie en Europe aujourd’hui et 70 % de cette énergie est générée par des combustibles fossiles », a-t-elle expliqué à EURACTIV.
Si Mme Beauvais a salué l’accent mis sur les pompes à chaleur dans le plan présenté par l’exécutif européen en mars, elle a déclaré qu’il fallait aller beaucoup plus loin pour promouvoir le chauffage et le refroidissement durables.
« Nous aimerions vraiment que l’accent soit davantage mis sur le chauffage urbain », a-t-elle confié à EURACTIV. « Le fait qu’il soit à peine mentionné dans la communication [REPowerEU] est, pour nous, très inquiétant. »
Les systèmes de chauffage urbain — des réseaux de tuyaux d’eau chaude passant sous le sol — sont de plus en plus populaires dans la recherche de moyens de décarbonation des villes.
Selon une étude réalisée en 2016 par le centre de recherche de la Commission européenne, « des systèmes efficaces de chauffage et de refroidissement urbains (district heating and cooling, DHC) peuvent jouer un rôle clé dans la réalisation des objectifs de l’Union de l’énergie ».
L’un des principaux avantages de ces systèmes est qu’ils peuvent être alimentés par de multiples sources d’énergie, notamment les sources fossiles traditionnelles, les centrales de production combinée de chaleur et d’électricité, et les énergies renouvelables comme la géothermie, le solaire thermique, les pompes à chaleur et la biomasse. La chaleur résiduelle des centres de données ou des entrepôts de réfrigération industrielle peut également être utilisée, de même que la chaleur géothermique des anciennes mines.
La Commission européenne cherche à relever l’objectif de l’UE en matière d’énergie renouvelable pour 2030 dans le cadre de propositions attendues la semaine prochaine.
Un angle mort dans l’abandon du gaz russe
Toutefois, le chauffage urbain et l’énergie géothermique ont été peu mentionnés dans le plan de l’UE visant à accroître son indépendance énergétique.
Par exemple, le chauffage urbain n’est que brièvement mentionné dans la communication REPowerEU, publiée en mars, qui indique que « le déploiement accéléré des pompes à chaleur sur le marché nécessitera une mise à l’échelle rapide de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et s’accompagnera de mesures visant à stimuler la rénovation des bâtiments et la modernisation des systèmes de chauffage urbain ».
La géothermie n’est mentionnée qu’une seule fois dans une mise à jour de la directive européenne sur les énergies renouvelables attendue mercredi prochain — pour évoquer un éventuel « conflit de biens publics » en matière d’autorisation, d’utilisation des sols ou de protection des masses d’eau et de la biodiversité.
Dans le même temps, la géothermie est mentionnée brièvement dans une ébauche de la stratégie européenne en matière d’énergie solaire ayant fait l’objet d’une fuite, également attendue pour mercredi. « Pour atteindre les objectifs de l’UE à l’horizon 2030, la demande énergétique couverte par la chaleur solaire et la géothermie devrait au moins tripler », peut-on lire.
Le projet mentionne également le solaire dans le cadre d’un partenariat de compétences à grande échelle pour les énergies renouvelables terrestres, qui comprend également la géothermie et les pompes à chaleur.
Dans l’ensemble, cependant, le chauffage est à peine mentionné dans les plans de l’UE, a souligné Sanjeev Kumar du European Geothermal Energy Council. Selon lui, il s’agit d’un oubli majeur, étant donné que la crise énergétique de l’hiver était avant tout une crise du chauffage.
Outre le manque d’attention portée au chauffage, il a critiqué l’accent mis sur la recherche d’autres sources d’approvisionnement en gaz plutôt que sur la réduction de la demande en Europe par le biais de mesures visant à améliorer l’efficacité énergétique, comme la rénovation des bâtiments.
Besoin de plus de soutien
Selon M. Kumar et Mme Beauvais, il faut faire davantage au niveau de l’UE pour promouvoir la géothermie ainsi que le chauffage et le refroidissement urbain.
« Le chauffage représente la moitié de la demande énergétique et c’est un peu le parent pauvre des politiques européennes en matière d’énergie et de climat, donc nous devons vraiment nous y attaquer », a expliqué Mme Beauvais, ajoutant que l’objectif d’Euroheat and Power pour le prochain mandat de l’UE serait de parvenir à un renouvellement de la stratégie en matière de chauffage et de refroidissement.
« J’associe le refroidissement à cette stratégie parce que la chaleur se fait de plus en plus forte chaque année et que les besoins en refroidissement vont également devenir énormes à l’avenir », a-t-elle indiqué.
M. Kumar a également averti que le refroidissement sera de plus en plus pertinent et que les décideurs politiques devront trouver des moyens de refroidir les villes sans pour autant surcharger les réseaux électriques.
Toutefois, il n’accueillerait favorablement une stratégie en matière de chauffage et de refroidissement que si elle se concentrait uniquement sur les énergies renouvelables et excluait les centrales à gaz fossiles, comme les centrales de production combinée de chaleur et d’électricité.
Son industrie réclame sa propre stratégie géothermique. Dans une lettre adressée à la Commission européenne en avril, les membres du secteur ont écrit : « L’Agence internationale de l’énergie et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) — l’agence française de l’énergie — ont toutes deux constaté qu’il s’agissait de la solution la plus rentable pour le chauffage, où qu’elle soit utilisée. Pourtant, elle reste sous-développée et souvent invisible aux yeux des responsables politiques de l’UE ».
M. Kumar a également appelé à un soutien accru des projets de géothermie au niveau local, notamment en demandant aux gestionnaires de réseaux de distribution d’étudier les options de chauffage à partir de sources renouvelables et aux autorités locales d’établir une carte du déploiement du chauffage et du refroidissement issus de sources renouvelables.
Parallèlement, M. Kumar et Mme Beauvais soutiennent tous deux l’introduction d’un prix du carbone sur les combustibles de chauffage, même si cette proposition se heurte à la résistance de nombreux législateurs et gouvernements de l’UE qui craignent que cela ne fasse augmenter les prix de l’énergie pour les ménages.
« Nous devons avoir un prix du carbone, sinon le chauffage et le refroidissement urbains durables sont désavantagés par rapport à d’autres sources », a affirmé Mme Beauvais.
« Si vous voulez remplacer progressivement toutes les chaudières à gaz individuelles que nous avons, vous devez avoir une sorte de terrain d’égalité dans le secteur du bâtiment », a-t-elle ajouté, affirmant qu’il y a un écart entre les utilisations plus efficaces du gaz, comme les centrales de cogénération, qui sont soumises à un prix du carbone, et les chaudières à gaz qui ne le sont pas.
La Commission européenne a refusé de répondre à la demande de commentaire d’EURACTIV et a cité la publication des propositions REPowerEU mercredi.
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