Mohammed VI a reçu, mardi au palais royal de Fès, le président de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), Chakib Benmoussa, qui lui a remis un rapport présentant la stratégie de transformation du royaume à l’horizon 2035. Le roi a demandé d’enclencher les réformes sans tarder : modernisation de l’appareil administratif, numérisation, inclusion économique et sociale, développement territorial, diversification des partenariats internationaux…
Le modèle de croissance marocain arrive à bout souffle. Il est, de plus, particulièrement affecté par la crise sanitaire. « La stabilité politique du Maroc lui a permis de refinancer sa dette sur les marchés et de contenir l’inflation, explique le récent rapport de l’institut Montaigne sur la stabilité du Maghreb. Mais les inégalités et le taux de chômage, notamment chez les jeunes, demeurent importants. »
La croissance des années 2010 n’a pas été riche en emplois, puisque le taux d’inactivité est resté stable, autour de 9 %. L’épidémie a contraint les autorités à mobiliser des outils de soutiens à l’économie et aux populations les plus vulnérables. Avec, pour conséquences, la hausse de l’endettement et le creusement des déficits courants.
Cette crise est venue se greffer sur la faiblesse de plusieurs fondamentaux de l’économie nationale. Les nombreuses réformes initiées depuis deux décennies (diversification, santé, éducation, régionalisation…) ne parviennent plus à contenir l’érosion de la croissance (3 % en 2018, 2,5 % en 2019, -7 % en 2020) et à réduire les inégalités. C’est le diagnostic lucide dressé par la Commission spéciale sur le modèle de Développement (CSMD), composée d’économistes, de grands patrons, de commis de l’Etat, de sociologues, dans son dernier rapport sur le Maroc en 2035.
Essoufflement. L’essoufflement du modèle actuel provient du conservatisme de la classe politique, du manque de cohérence des politiques publiques, de la lenteur des transformations structurelles de l’économie (notamment en raison des coûts élevés des facteurs de production et du manque d’innovation), de dysfonctions des services publics et d’une insécurité juridique qui accroît l’imprévisibilité et limite les initiatives privées.
Les sherpas du CSMB préconisent un certain nombre de réformes pour lever ces verrous, notamment la modernisation de l’administration à travers la digitalisation et la simplification des procédures. « Socle d’un Maroc prospère, la transformation structurelle de l’économie exige notamment de libérer l’initiative privée et l’entrepreneuriat à travers un environnement des affaires transparent, sécurisant et prévisible, des réglementations allégées et simplifiées et une régulation indépendante, favorisant de manière significative l’entrée d’acteurs nouveaux et innovants », expliquent les experts de cette commission.
Le challenge est de parvenir à un rythme moyen annuel de croissance supérieur à 6 %
Ils préconisent notamment d’accroître la compétitivité du tissu productif en réduisant les coûts de l’énergie et de la logistique. Et recommandent une disponibilité généralisée de l’information, perçue comme gage d’un accès équitable aux ressources et aux opportunités économiques.
Les pôles urbains comme Casablanca et Tanger concentrent actuellement l’essentiel de la croissance. Les villes moyennes doivent donc retrouver une raison d’être. Pour cela, il faut miser sur davantage de régionalisation, de valorisation de l’économie sociale, gisement de création d’emplois dans les territoires. « Le développement d’écosystèmes territoriaux (projets régionaux, fonds d’appui, pôles de recherche et formation, etc.) aura besoin d’être lancé dès 2022 pour favoriser la création de valeur et d’emplois de qualité », précise les experts.
Montée en gamme. Parmi les priorités, la poursuite de la modernisation de l’agriculture, la diversification des destinations touristiques, la montée en gamme et l’essor du tourisme écologique ainsi que la venue de nouveaux investisseurs dans l’écosystème aéronautique et automobile.
Autres pistes suggérées : la hausse de l’investissement du secteur privé dans les secteurs porteurs et d’avenir comme le numérique pour faire du royaume une e-nation, l’augmentation des capacités de recherche et développement au service des filières industrielles, la montée en puissance du made in Maroc… Le royaume souhaite notamment se positionner en destination attractive pour les entreprises européennes en quête de relocalisation de leurs activités à proximité des grands marchés porteurs.
Dans cette optique, il devrait conforter son ancrage euroméditerranéen, chercher des relais de croissance sur le marché américain, développer ses relations économiques en Afrique et dans les pays du Golfe et tester les nouveaux marchés asiatiques (Inde, Chine…).
Le challenge est de parvenir à un rythme moyen annuel de croissance supérieur à 6 % et à la rendre plus inclusive. Selon les évaluations préliminaires, les réformes nécessiteront une hausse des financements publics de l’ordre de 4 % du PIB par an en phase d’amorçage (2022-2025) et de 10 % en rythme de croisière à l’horizon 2030.

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