Il n’est plus temps de faire des vœux pieux pour parler des centrales électriques qui, dans le cadre de la Stratégie Énergétique Nationale de 2008, doivent être mises en service avant la fin de cette année 2020 : ne seront alors opérationnelles que celles qui, déjà connues, ont été mises en chantier dans les temps. Alors où en serons-nous à fin 2020 et quel aura été le rôle invisible mais tangible des petits investisseurs-consommateurs ?
Ce qui sera sans doute mis en service avant la fin de 2020
Le Tableau 1 montre l’évolution des capacités de production électriques en opération dont les chiffres de 2005 et 2019 permettent de parcourir le fantastique chemin parcouru. On y voit aussi celles qui, dans le meilleur des cas, devraient être en exploitation à fin 2020, que l’on peut comparer avec les objectifs prévus par la Stratégie Énergétique Nationale établie en 2008 (deuxième colonne du Tableau 1) et qui ont nécessité la mise en place d’un cadre :
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La deuxième colonne du Tableau 1 permet de voir que la capacité des centrales à base de sources non renouvelables (charbon, gaz et pétrole) aurait dû atteindre 8’286 MW étant donné qu’il était prévu :
En termes d’évaluation de réalisation de l’objectif des capacités renouvelables, on peut aboutir à deux résultats contradictoires :
Cette contradiction est due à la capacité totale, qui devait atteindre 14’286 MW et qui ne sera que de 12’535 MW à cause des centrales à base de sources non-renouvelables qui n’auront atteint que 7’237 au lieu de 8’286 MW.
Mais alors, pourquoi avait-on prévu autant de capacités à base de sources non-renouvelables ?
Dans les documents de la Stratégie Energétique Nationale, le besoin prévisionnel de 8’286 MW de centrales à base de sources non-renouvelables était doublement étayé :
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En fait, comme montré par les courbes en vert de la Figure 1, il est fort probable :
Du coup, le Maroc s’est trouvé en surcapacité, ce qui explique le passage d’un statut d’importateur net d’électricité à un statut d’exportateur net[i], qui devrait encore durer encore si l’on en croit la Figure 2.
figure3.
Mais alors, pourquoi la consommation d’électricité n’a-t-elle pas atteint les valeurs prévues ?
Nous mettrons de côté le fait que les prévisions étaient elles-mêmes sans doute légèrement surévaluées à cause du contexte de l’époque[i] mais il est fort probable que cela ne suffise pas à expliquer les écarts. En effet, il y a d’autres causes qui ont fait que la consommation d’électricité a été plus modérée que prévu et qui relèvent de l’efficacité énergétique (au sens du PIB divisé par l’énergie commerciale consommée) :
Ainsi donc, les consommateurs ont contribué à économiser ou à produire pour leur propre compte l’équivalent de 2’350 GWh de l’énergie demandée en terminaison du réseau électrique ce qui, avec un rendement total de réseau de 85%, correspondrait à 2’764 GWh soit près de 7% de l’électricité injectée !
En sollicitant moins le réseau électrique, cette multitude de petits investisseurs-consommateurs privés ont largement contribué à libérer des excédents d’électricité exportables. Ces anonymes vont aussi permettre au gouvernement et aux opérateurs publics d’affirmer haut et fort qu’ils ont réalisé les objectifs de 2020. En effet, car si ces économies n’avaient pas été là, on aurait dû mettre en place plus de capacités de production d’électricité par des sources non renouvelables ou faire appel à plus d’importations.
La réglementation a-t-elle aidé ces petits investisseurs-consommateurs à réaliser cette prouesse ?
L’Amendement 57/15 a été promulgué en 2015 pour amender la Loi 13/09 sur les énergies renouvelables adoptée en 2009. Près de dix ans après la Loi 13/09, le cadre réglementaire est encore loin d’être achevé :
Avec la Loi 54/2014, relevant le plafond de puissance de 50 à 300 MW, tout semble fait pour la production centralisée d’énergie éolienne et solaire et encore rien pour la production décentralisée de solaire photovoltaïque l’électricité. Même la Loi 49/19 actuellement en gestation ne prévoit rien pour cela.
Alors pourquoi n’a-t-on pas facilité les choses aux petits investisseurs-consommateurs ?
S’il est vrai que les distributeurs d’électricité (ONEE-BE, Régies communales et Concessions privées) ont fait des efforts pour la promotion des lampes à basse consommation, il semble qu’ils jouent exactement le rôle contraire en retardant, tant que faire se peut, la réglementation par comptage différentiel (« net-metering« ) du solaire photovoltaïque, à cause du manque à gagner qu’il leur causerait s’il n’était pas compensé. Le gestionnaire du réseau (ONEE-BE) se plaint d’avoir de plus en plus d’électricité intermittente à gérer mais ce même gestionnaire qui a retardé la construction de la STEP de Abdelmoumen qui aurait permis de lisser ces intermittences. Quant aux gouvernements qui se sont succédé depuis 10 ans, on ne peut pas s’empêcher de constater qu’ils n’ont fait que céder à cette pression depuis la promulgation de la Loi 13/09 qui a déjà soufflé ses 10 bougies maintenant ! On a d’abord évité d’y évoquer l’accès au réseau Basse Tension après quoi on a méticuleusement différé sa réglementation. Serait-ce que les Lois marocaines sur les énergies renouvelables sont, dans leur genèse même, opposées à ce que tous les pays développés ont fait ?
Malgré cela, le solaire PV connecté sur le réseau de la BT se développe en l’absence de toute réglementation… un peu comme si l’on avait autorisé l’accès à la route sans code de la route, ni immatriculation, ni permis de conduire ! Mais il est vrai que les triporteurs sont là pour attester que le Maroc n’en est pas à sa première expérience dans ce domaine.














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