Process, stratégie, technologie… Eric Sénéchal ingénieur au Centre d'expertise et de R & D de l'industrie mécanique passe en revue les principaux défis de la décarbonation à relever dans l'industrie.
Par Cécile Desjardins
Quels sont les enjeux de la décarbonation pour l'industrie ?
La décarbonation est l'un des grands défis que doivent relever les entreprises pour réduire leur empreinte sur le réchauffement climatique. Mais, au-delà des enjeux sociétaux et réglementaires, il y a aussi une question économique : l'efficacité énergétique est un sujet majeur, en particulier dans le contexte actuel d'explosion des prix.
Lors des derniers renouvellements de contrats, fin 2021, certains ont vu leur facture de gaz multipliée par quatre ! Les industries les plus énergivores comme la sidérurgie, le ciment, la chimie sont les premières concernées, mais ce ne sont pas les seules. Dans la mécanique, l'énergie peut représenter, selon les activités, entre 2 et 15 % du prix de revient.
Quelles sont les solutions possibles ?
A l'issue d'une première étape d'audit énergétique, on arrive à économiser très rapidement entre 5 et 15 % de sa facture énergétique grâce à des solutions simples. Beaucoup relèvent de l'organisation, et donc des hommes, même s'il n'est pas toujours facile de changer les habitudes. La modification de certains réglages de maintenance et pilotage peut aussi avoir un effet. Ensuite, il y a des solutions techniques, qui vont du remplacement de certains équipements par d'autres, plus économes en énergie à des investissements importants sur les lignes de fabrication. Ces derniers peuvent permettre des économies majeures, en général couplées à une amélioration de la productivité, des émissions à effets de serre, etc.
Il est parfois préférable d'améliorer le process plutôt que de changer le combustible.
Compte tenu de la bonne empreinte carbone de l'électricité française , l'électrification des processus thermique peut être intéressante. Toutefois, la solution n'est pas forcément dans le tout électrique : en termes de réduction des émissions de CO2, il est parfois préférable d'améliorer le process plutôt que de changer le combustible. Bien sûr, si on peut faire les deux, c'est encore mieux ! Mais les investissements peuvent être extrêmement lourds.
Eric Sénéchal, ingénieur expert en énergétique industrielle au Cetim.Studio Bruno COHEN – Photographies sur le vif
Et pour aller plus loin ?
En termes de décarbonation, on pense en premier lieu à l'efficacité énergétique : c'est le pilier le plus facile à mettre en oeuvre, et souvent le plus rentable, mais ce n'est que le début d'une démarche plus vaste et plus profonde… Quand on fait le bilan en matière de gaz à effet de serre, il faut aussi prendre en compte le cycle de la matière première ou l'utilisation des produits en aval (scopes 2 et 3). Cela conduit alors à des réflexions sur l'écoconception et l'économie circulaire, deux sujets qui constitueront bientôt de véritables avantages concurrentiels pour les industriels qui commencent à les intégrer dans leurs business models.
Quelles sont les difficultés de la démarche ?
Il y a d'abord un sujet humain : l'entreprise doit avoir en interne des référents formés, qui seront en mesure de lire les indicateurs énergétiques, de les interpréter et d'agir. Ensuite, certains des investissements nécessaires peuvent être importants, même s'il existe beaucoup d'aides et de dispositifs d'accompagnement des entreprises (lire encadré). Enfin, l'impulsion doit venir du plus haut niveau de l'organisation… De fait, dans le contexte actuel d'explosion des prix de l'énergie, les directions générales sont en général mobilisées ! La décarbonation est devenue une vraie stratégie à démarrer ou à pérenniser.
· L'Ademe, agence de la transition écologique.
· La BPI, qui propose « Décarbon'action », un dispositif d'appui aux entreprises qui souhaitent se lancer dans une stratégie de diminution de leur empreinte de gaz à effet de serre.
· Les centres techniques des différents secteurs industriels ( le Cetim ).
· Les organisations professionnelles et unions sectorielles (comme la Fédération des industries mécaniques ou l'UIMM )
· De nombreuses régions développent également des plans « énergie » et des politiques de décarbonation, à l'exemple des Hauts-de-France ou des Pays de la Loire .
Cécile Desjardins ( )
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