Hausse du prix de l'énergie, respect de ses engagements en matière d'émissions de gaz à effet de serre… Pourquoi et comment l'industrie décarbone aujourd'hui ses process ?
Début février 2022, à Dunkerque, sur le site d'ArcelorMittal, Jean Castex a annoncé vouloir débloquer une enveloppe de 5,6 milliards d'euros pour la décarbonation de l'industrie dans le cadre de France 2030, afin de faire du pays « un champion de l'industrie verte » ?
Avec 4 milliards d'euros pour « la décarbonation profonde des sites industriels très émetteurs », comme la sidérurgie, la chimie lourde, le ciment ou encore l'aluminium ; Un milliard d'euros « en faveur du déploiement de solutions plus matures » : chaleur bas carbone, efficacité énergétique… Et 600 millions d'euros « pour l'innovation et la recherche ».
Le Premier ministre rappelle la stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France, avec comme principaux engagements de baisser, d'ici à 2030, de 35 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l'industrie, et de 81 %, d'ici à 2050, par rapport à 2015.
En moins D'émissions de gaz à effet de serre (GES), tel est l'objectif de la France pour 2050.
Des objectifs qui s'inscrivent dans les engagements internationaux de la France (COP21, « Fit for 55 », etc.), ainsi que dans un contexte de forte tension sur les prix de l'énergie. Avec un prix de gros du MWh passé de 50 euros en début d'année 2021, à 222 euros/MWh fin 2021 !
Comment fait-on concrètement ? Frédéric Coirier, PDG du groupe Poujoulat , et coprésident du Meti, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire souligne que les ETI industrielles ont déjà beaucoup fait en matière de décarbonation, dans le cadre notamment de France Relance, « avec 180 projets structurants depuis 2020 ». Le chef d'entreprise détaille : « Dans l'industrie, on peut agir sur tous les leviers : sur l'énergie, la chaleur, les process, l'asservissement des bâtiments, etc. »
Dans une très grande majorité des ETI industrielles, la démarche de décarbonation est ainsi déjà bien structurée, « avec des gains importants et très rapides, » poursuit Frédéric Coirier.
Mais, clairement les choses s'accélèrent aujourd'hui. Ce qui pourrait à terme peser sur les comptes de résultat des entreprises. « C'est pourquoi, il faut que l'Etat continue d'accompagner les très lourdes mutations liées à la décarbonation », exhorte le chef d'entreprise. D'autant que l'échéance pour les réaliser sera très rapide, « sur un cycle très court, de dix à quinze ans. »
Plus on va réindustrialiser, et plus on va décarboner !
Le PDG de Poujoulat rappelle également que l'une des meilleures façons de décarboner reste, selon lui, de produire en France, où l'électricité est bas carbone. Et, d'annoncer cette bonne nouvelle : « Plus on va réindustrialiser, et plus on va décarboner ! »
A France Industrie, Vincent Moulin Wright, son directeur général, abonde et souligne, lui aussi, les énormes efforts déjà réalisés par le secteur, rappelant que « depuis 1990, l'industrie a baissé de 50 % ses émissions ! » Elles représentent aujourd'hui moins de 18 % des GES en France.
Et d'assurer : « La trentaine d'usines qui émettent le plus en France, on les connaît. C'est donc surtout sur elles que les industriels travaillent. » Ce qu'a notamment annoncé Jean Castex en officialisant le partenariat stratégique de l'Etat avec le groupe ArcelorMittal pour transformer les deux principaux sites industriels du groupe en France, à Dunkerque et Fos, avec des investissements de 1,7 milliard d'euros.
Dans la Vallée de la Bresle, les verriers se préparent à électrifier leurs fours
Le gouvernement compte ainsi atteindre d'ici à 2027 une réduction de près de 40 % des émissions de CO2 d'ArcelorMittal en France, soit 7,8 millions de tonnes annuelles. Soit également une réduction de 10 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre en France, et 2 % de la totalité des émissions françaises !
Avec deux principaux leviers à déployer pour l'industrie, dixit Vincent Moulin Wright de France Industrie : électrifier massivement les procédés de fabrication les plus consommateurs en énergie, dans les aciéries, l'aluminium, la chimie, la verrerie, la papeterie, la cimenterie, les sucreries, etc. Modifier les sources d'approvisionnement pour la chaleur ou la vapeur utilisées comme vecteur dans nombre d'usines en France, avec la mise en place de chaudière alimentée en biomasse, ou grâce à la valorisation de déchets.
Le directeur général de France Industrie avertit : « En la matière, tout est une affaire de curseur et de calendrier. Il faut donc trouver le bon rythme pour que la décarbonation soit supportable pour la compétitivité de l'industrie. »
Opinion – Comment faire de la transition bas carbone une opportunité pour l'industrie automobile française ?
C'est tout l'enjeu de ces prochaines années, pour reprendre le titre du rapport consacré à l'industrie par The Shift Project, le laboratoire d'idées que préside Jean-Marc Jancovici, publié fin janvier 2022, dans le cadre de son vaste plan de transformation de l'économie française : réussir à « décarboner l'industrie sans la saborder ».
A Dunkerque, le Premier ministre n'a d'ailleurs pas dit autre chose, insistant sur le fait que « décarbonation n'est pas synonyme de désindustrialisation ».
Etienne Thierry-Aymé ( )
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