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ENGIE a fait de la transition énergétique le fondement de sa stratégie d’entreprise depuis plusieurs années. En vue de cet objectif, le groupe industriel s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2045 et à accélérer la décarbonation du secteur de l’énergie.
Quel est le principal enjeu pour un énergéticien comme ENGIE pour tendre vers un modèle plus durable ?
Il s’agit d’aligner notre stratégie et nos actions sur les impératifs de la transition?énergétique et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2045 en suivant la trajectoire « sensiblement en dessous de 2°C » puisque nous craignons tous ce qui peut se passer si nous ne tenons pas cet objectif. Historiquement, le charbon représentait une part importante de notre activité, mais nous avons pris l’engagement d’en sortir définitivement en Europe d’ici 2025 et dans le reste du monde d’ici 2027. Dans le même temps, nous augmentons la part des énergies renouvelables, qui est passée de 25 % de notre parc de production électrique en 2018 à 34 % en 2021.
Quels investissements sont nécessaires pour cette transition ?
L’enjeu est considérable pour le monde entier : on évoque 4 000 à 9 000 milliards de dollars d’investissement par an, selon les sources. En 2021, ENGIE a investi 8 milliards d’euros : 44 % de ces investissements ont été consacrés aux renouvelables, 31 % aux infrastructures et 17 % aux solutions décentralisées Energy Solutions, et nous prévoyons pour les années à venir un investissement de l’ordre de 5 milliards par an. Les banques jouent un rôle clé pour accompagner notre transformation durable et participer au co-financement de nos investissements, à l’instar d’ING qui a notamment financé en 2021 nos projets de développement éoliens et solaires aux Pays-Bas. Pour atteindre nos objectifs, nous avons de plus en plus recours à des financements verts : à titre d’exemple depuis 2014, nous avons émis 14 milliards de green bonds, dont 2,3 milliards en 2021. 
Quel regard portez-vous sur la volatilité inédite des prix de l’énergie ?
La volatilité des prix de l’énergie prouve à quel point l’aspect économique de la transition énergétique doit être un facteur central dans nos scénarios, et donc dans les choix industriels. Pour que la transition se passe aussi doucement que possible, il faut réduire la demande, c’est-à-dire convaincre des industriels et nos concitoyens d’adopter des modes de production de chauffage, d’énergie économes en carbone, plus vite que l’offre de combustible ne se réduit. Cela permettrait de garantir que les coûts sont maîtrisés et que l’approvisionnement en énergie est assuré. Pour cela il faut d’une part, agir sur la consommation, l’efficacité, la sobriété, et d’autre part, avoir un système efficace et résistant dans lequel les différentes sources d’énergies sont complémentaires les unes des autres, évitant que le prix de l’une d’entre elles ne s’envole.
Quels sont les défis d’une transformation durable pour les villes et les collectivités ?
Les villes et les collectivités sont sensibles à l’aspect de gestion de la transition dans la durée, sans pics de prix considérables, car le coût et l’acceptation par nos concitoyens sont des questions centrales pour elles. La responsabilité d’ENGIE est de leur apporter des solutions sur-mesure pour piloter leur transition énergétique avec succès, tout en en minimisant le coût. C’est pourquoi nous développons avec elles des solutions de mobilité, comme les bus à hydrogène, ou des réseaux de chaleur et de froid, essentiels pour décarboner le territoire.
Didier Holleaux, Directeur général adjoint du Groupe ENGIEANTOINE MEYSSONNIER
Quelles énergies pour demain ?
Je pense au renouvelable électrique, à l’éolien, au solaire photovoltaïque, au solaire thermique et, surtout, au biogaz, qui évitera l’émission de 12 millions de tonnes de CO2 par an d’ici 2030. Nous nous sommes fixés des objectifs très ambitieux à l’horizon 2030 : produire 4 TWh/an de biométhane, disposer de 4 GW de capacité installée pour fabriquer de l’hydrogène vert et convertir progressivement 700 km de réseaux de gaz à l’hydrogène. Avec les renouvelables plus classiques, comme l’éolien et le solaire, nous prévoyons de passer de 3 GW/an par an, à 4 GW pour les trois prochaines années, puis à 6 GW par an (à titre de comparaison, 1GW représente la puissance d’une centrale nucléaire).
Quel rôle joue le biométhane plus spécifiquement ?
C’est une énergie qui a beaucoup d’avantages, le premier étant de réduire les émissions spontanées de méthane. En étant digérés dans un méthaniseur, les déchets organiques émettent du CO2 biogénique qui ne contribue pas au réchauffement de l’atmosphère, et apportent leur pouvoir calorifique au bilan énergétique de la France. Le biométhane permet de créer du revenu pour les agriculteurs et de l’emploi local non délocalisable. Enfin, le digestat issu de sa transformation constitue un engrais valorisable qui se substitue à des engrais chimiques.
Quel est le coût global de la transition énergétique ?
Il est difficile à évaluer. Si l’on compare le scénario « business as usual » avec les scénarios de transition qui permettent d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la différence dans les coûts d’investissement dédiés à l’énergie se chiffre typiquement entre 2 et 3 dizaines de milliards d’euros par an pour un pays comme la France. A cela s’ajoutent les incertitudes de l’industrie de l’énergie quant à l’évolution de l’offre, de la demande et des prix de l’énergie. Mais l’utilisation du gaz renouvelable et, pour chaque secteur, des vecteurs et technologies les plus adaptés, permettrait de réduire ces surcoûts de la décarbonation d’un facteur 2 (soit entre 10 et 15 milliards d’euros par an) en 2050 pour la France. Je dirais donc qu’il faut faire preuve d’un pragmatisme engagé : utiliser tout de suite, massivement, toutes les technologies dont nous disposons aujourd’hui, mais ne pas sous-estimer les progrès technologiques qui nous permettront d’arriver progressivement à des coûts mieux maîtrisés et plus faibles.
Proposé par ING
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