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Au Maroc, Abdou Souleye Diop est incontournable dès lors que l’on s’intéresse à l’économie du pays et aux ambitions de son secteur privé sur le continent. Patron de la branche locale du cabinet d’audit et de conseil français Mazars, également responsable de son développement africain, ce Sénégalais de 51 ans est considéré comme le « Monsieur Afrique » du royaume.
Sans cesse entre deux avions, il parcourt le continent 200 jours par an. Après avoir visité l’exposition universelle de Dubaï, début octobre, il a fait un crochet par la Tanzanie avant de brièvement rentrer au Maroc. Il a ensuite assisté à Istanbul au troisième forum économique et d’affaires Turquie-Afrique, les 21 et 22 octobre. Et il est attendu à Abidjan les 28 et 29 pour l’événement annuel du patronat ivoirien.
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Fils de l’ambassadeur Babacar Diop, élevé en Inde, en Malaisie, et très peu au Sénégal, Abdou Diop pose ses valises à Rabat, avenue des princesses, à l’âge de 15 ans. D’emblée, le jeune Sénégalais se trouve au contact des premiers cercles du Makhzen. Dans le quartier cossu qu’il habite, il se lie immédiatement à son voisin – les deux maisons communiquent par un trou dans le mur du jardin – Abdelmalek Alaoui, futur patron du groupe Guépard et fils de Moulay Ahmed Alaoui, cousin du roi Hassan II, qui occupera de nombreux postes ministériels des années 1950 à 1990. Les deux hommes ne se sont jamais perdus de vue.
Après son bac, obtenu au lycée Descartes, Abdou Diop intègre l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (Iscae), un établissement d’excellence, où il poursuit son exploration de la bonne société sur l’axe Casa-Rabat. Il y rencontre le fils d’avocat Moncef Belkhayat, patron du groupe Dislog, mais aussi ancien ministre de la Jeunesse, ainsi que le journaliste d’investigation Aboubakr Jamaï, aujourd’hui installé dans le sud de la France, où il enseigne.
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En 1992, tout juste titulaire de son diplôme d’expert-comptable, il profite des velléités de développement d’Abdelkader Masnaoui, qui vient de s’associer avec Mazars, pour intégrer le cabinet en tant qu’avoué. Abdou Diop a toujours considéré ce dernier, décédé en octobre, comme son mentor.
À mesure qu’il grimpe les échelons, les pages de son carnet d’adresses se remplissent de personnalités de premier plan : le wali Khalid Safir, directeur général des collectivités territoriales au ministère de l’Intérieur ; Moulay Hafid Elalamy, fondateur du groupe Saham et ancien ministre de l’Industrie et du Commerce que Alaoui lui a présenté ; l’ex-ministre de l’Économie Mohamed Benchaâboun, dont il a fait la connaissance lorsque celui-ci dirigeait le régulateur télécoms ; Hicham Belmrah, diplômé de l’Iscae et président du directoire de l’assureur Mamda ; Mustapha Bakkoury, le patron de l’agence solaire Masen, écarté pendant plusieurs mois cette année alors que sa gestion était auditée ; Hicham Berrada Sounni, PDG du groupe immobilier Palmeraie ; Mohamed Hassan Bensalah, PDG du groupe Holmarcom… Avec eux, Abdou Diop se comporte comme un Marocain pur souche, passant sans problème du français au darija, l’arabe dialectal du pays.
En tant que président de l’Association des ressortissants sénégalais résidant au Maroc (de 2003 à 2010), il s’est aussi rapproché au milieu des années 2000 du conseiller du roi Mohammed VI, Mohamed Kabbaj, alors wali du grand Casablanca. Cet ami de son père lui a offert un précieux soutien pour gérer les dossiers de l’association.
Repéré pour ses activités sur le continent, Abdou Diop est invité en 2014 par Miriem Bensalah-Chaqroun – qu’il côtoyait déjà au sein de beaucoup de conseils d’administration – à rejoindre la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). D’abord simple membre de la commission Afrique, il est nommé à sa tête l’année suivante. Une première pour un non Marocain. Depuis, le Sénégalais est de toutes les tournées royales – auxquelles ne participent parfois qu’une dizaine de chefs d’entreprise. C’est à ces occasions qu’il s’est lié à Mostafa Terrab, emblématique patron d’OCP, dont il avait fait connaissance à la fin des années 1990, quand ce grand commis de l’État était le patron du régulateur télécoms.
Au cours de ces voyages VIP, il a sympathisé avec les conseillers royaux Yassir Zenagui et Fouad Ali El Himma, qui apprécient ses analyses sur la politique du Maroc en Afrique. Il en a également profité pour se rapprocher des patrons de grands groupes bancaires comme Mohamed El Kettani (Attijariwafa Bank), Othman Benjelloun (BMCE) ou Tarik Sijilmassi (Crédit agricole du Maroc). Dans le secteur financier, Abdou Diop est aussi bien connecté à Ismail Douiri, numéro 2 d’ »Attijari » et bien sûr à Kamal Mokdad, qui a été l’un de ses associés au sein de Mazars jusqu’à son départ pour BCP en 2017. Un réseau auquel il faut ajouter Abdellatif Jouahri, le gouverneur de la banque centrale.
Sur le terrain de la promotion du royaume sur le continent, le Sénégalais fait souvent cause commune avec Brahim Fassi Fihri, fondateur de l’Institut Amadeus et fils de l’ex-ministre des Affaires étrangères Taieb Fassi-Fihri. Ensemble, les deux hommes ont porté la demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao, aujourd’hui un peu enterrée. Marque de son intégration au pays, en 2018, son nom a circulé comme potentiel ministre délégué chargé de la Coopération africaine. Un portefeuille finalement attribué à Mohcine Jazouli.
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En marge des sphères économiques et politiques, Abdou Diop entretient de solides amitiés dans le monde du sport. Il est ainsi lié de longue date à Hicham El Guerrouj, double champion olympique, dont il avait été témoin des sacres à Athènes.
Sa passion pour le football et ses connexions avec les journalistes Hicham El Khlifi et Lino Bacco lui ont en outre valu d’être chroniqueur pendant deux ans pour le talkshow du matin de Radio Mars. À ses heures perdues, Abdou Diop a aussi accompagné le comité de direction du Fath Union Sport, l’un des clubs de football de Rabat évoluant en première division, présidé par Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi Mohammed VI.
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Hors du Maroc, le patron de Mazars possède ses entrées dans un certain nombre de palais – notamment à Abidjan, Ouagadougou, Kigali, Antananarivo, ou à Moroni – via des conseillers et parfois via les chefs d’État eux-mêmes. Mais c’est au Sénégal qu’il est le mieux introduit, pour des raisons familiales et politiques. À l’origine de ses multiples connexions, on retrouve une nouvelle fois l’ombre de son père, qui a travaillé avec les présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf.
À Dakar, son jeune frère Malick Diop, directeur général de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations, est une figure montante de la sphère publique. Porte-parole de l’Alliance des forces de progrès (proche du pouvoir), il est en lice pour prendre la suite de son secrétaire général et fondateur, Moustapha Niasse, également patron de l’Assemblée nationale. Abdou Diop a lui-même accompagné ce dernier lors de ses différentes campagnes présidentielles.
Depuis le début des années 2000, le cinquantenaire connaît également bien le président Macky Sall. Leurs premières rencontres datent de l’époque où Mazars auditait les comptes de Petrosen, alors sous la responsabilité du futur chef d’État. C’est ensuite en tant que président de l’association des Sénégalais du Maroc qu’Abdou Diop a revu à plusieurs reprises celui qui était encore Premier ministre. Leur relation a pris de l’épaisseur pendant la campagne présidentielle de 2012.
Aujourd’hui, lorsqu’ils se croisent dans des événements internationaux, il n’est pas rare que Macky Sall lui accorde un entretien, comme ce fut le cas début octobre à Dubaï, où il était accompagné du président de la CGEM, Chakib Alj. Abdou Diop est également lié à Mahammed Boun Abdallah Dionne, ex-Premier ministre et proche du chef de l’État, ainsi que de Mamadou Diagna Ndiaye, autre spin doctor du président, qui dirige par ailleurs le Comité olympique sénégalais.
Crédité de 20% des suffrages lors de la dernière élection présidentielle, Idrissa Seck figure aussi en bonne place dans son répertoire sénégalais. L’ancien Premier ministre, dont les relations avec le pouvoir se sont réchauffées l’an dernier (comme l’a montré sa nomination à la tête du Conseil économique, social et environnemental), lui a été présenté en 2000 par Abdoulaye Wade. C’est son « cousin » Abdou Aziz Sow, plusieurs fois ministre entre 2000 et 2009, qui avait assuré la connexion avec l’ancien président. Abdou Diop va, à sa demande, partager avec Idrissa Seck sa connaissance du modèle marocain, jetant les bases du Plan Sénégal émergent.
Durant cette période, il fait la connaissance de l’ex-ministre de l’Économie Makhtar Diop, actuellement directeur général de l’IFC (Banque mondiale). Cet épisode marque le point de départ des activités de l’expert-comptable hors du Maroc, d’abord dans son pays natal puis dans toute l’Afrique. Abdou Diop est naturellement bien introduit dans le monde des affaires sénégalais. Il est par exemple connecté à Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat (CNP) et dans un autre style, au roi du mbalax et homme d’affaires Youssou N’Dour.
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Amené à se déplacer en Afrique pour promouvoir le secteur privé et veiller sur le développement de Mazars, le Sénégalais s’est constitué, au gré de ses missions, un cercle d’amis parmi les dirigeants de sa génération. Dans ce groupe, dont les membres échangent quotidiennement entre eux sur les réseaux sociaux, on trouve Didier Acouetey, fondateur du cabinet de recrutement Africsearch ; Acha Leke, président de McKinsey Africa ; l’opposant malien Moussa Mara, expert-comptable et ancien Premier ministre ; Paulo Gomes, financier et ancien candidat à la présidentielle bissau-guinéenne de 2014 ; Eric Kacou, co-fondateur du cabinet Entrepreneurial Solutions Partners (ESP) et Hassanein Hiridjee, co-CEO du groupe Axian.
Des hommes auxquels il faut ajouter Vanessa Moungar, ex-directrice du département genre, femmes et société civile à la Banque africaine de développement (BAD), aujourd’hui directrice de la diversité et de l’inclusion chez LVMH et membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) français, le Malien Samba Bathily et le financier franco-ivoirien Tidjane Thiam.
Last but not least, Abdou Diop entretient des relations étroites, via Mazars et ses activités au sein de la CGEM, avec de grandes figures du business nigérian qu’il considère comme des amis. Un groupe cinq étoiles composé notamment de Tony Elumelu, Aliko Dangote, Abdulsamad Rabiu, mais aussi d’Akinwumi Adesina, président de la BAD.
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