L’énergie est un secteur névralgique pour tout pays et le Maroc a, depuis plusieurs années, lancé des plans qu’il a ajustés au fur et à mesure pour juguler sa dépendance aux importations, en attendant d’atteindre un mix énergétique où les énergies renouvelables sont plus présentes.
Les enjeux du plan gazier national et de la vision 2021-2050 sont encore plus importants dans le contexte aussi bien économique que géopolitique mondiale dans lequel nous vivons. Dans ce sens, le CMC a consacré une analyse de la nouvelle politique sectorielle lancée en 2021.
Il faut rappeler que le secteur de l’énergie constitue un point névralgique dans les politiques du développement économique et social. C’est à ce titre qu’à partir des années 90 du siècle dernier, le raffinage et la distribution des produits pétroliers ont été soumis à l’option libérale et à la volonté affirmée du Maroc de s’ouvrir sur le marché international et son environnement euro-méditerranéen.
La stratégie énergétique amorcée en 2009 avait pour souci d’assurer la sécurité d’approvisionnement de l’énergie au meilleur coût.
Les efforts déployés ont été focalisés sur la consolidation du potentiel énergétique national et sur sa diversification, notamment par une mise en valeur des ressources renouvelables et la promotion de l’efficacité énergétique. C’est dans ce cadre que s’est inséré, en 1996, de Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui, dans son acheminement du gaz algérien à destination de l’Espagne et du Portugal, concédait une redevance en nature au Maroc.
Cette manne a favorisé l’installation, en 2005, de la centrale à cycle combiné de Tahaddart (384 MW) et la mise en service de la centrale thermo solaire de Aïn Béni Mathar (472 MW) en 2009.
Les germes de l’échec dès 2018
D’emblée, le CMC rappelle qu’en 2018, les décideurs se sont rendus à l’évidence que les objectifs du projet gazier du Maroc ne pourraient être atteints, pour 2021, comme pronostiqué préalablement.
Les composantes du plan gazier, lancé en 2014, qui incluaient le terminal gazier Jorf Lasfar, la jetée maritime d’accueil des méthaniers du gaz naturel liquéfié (GNL), les espaces de stockage, les centrales électriques et autre gazoduc, nécessitaient la mobilisation de quelques 4,6 milliards de dollars. Ce mégaprojet, est désigné par « Gaz to Power ».
L’ensemble de ces constituants avait pour visée de limiter le recours au charbon, d’élargir la quotité du gaz naturel dans le mix énergétique du pays et surtout de s’affranchir de la dépendance énergétique du gaz algérien, prélevé lors de son passage vers l’Europe via le gazoduc Maghreb Europe (GME).
Ce dernier autorisait, contractuellement, au Maroc de prélever jusqu’à 1,4 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont la moitié à titre de royalties de passage. L’esprit coercitif capricieux des décideurs algériens a mis fin aux GME, par refus de reconduction du contrat arrivé à terme le 31 octobre 2021.
La relève, prévue à cette date, devant assurer la prise en charge de l’importation de gaz naturel liquéfié, a manqué d’anticipation et n’a pas été au rendez-vous fixé par le plan, relève le CMC.
Aussi, tout en passant outre la production bilan du plan gazier 2015–2021 (qui parfois est étalé, au gré des communications sur la période 2015–2025), le gouvernement s’est attelé à produire une nouvelle feuille de route avec pour horizon 2030, qui sera repoussé, à la veille des législatives de 2021, à 2050.
Celle-ci est prévue en plusieurs séquences : répondre, dans un premier temps, aux besoins industriels en gaz naturel et enclencher dans une seconde priorité la couverture des besoins domestiques. Dans cet imbroglio des multiplicités des horizons, d’absence de tout processus participatif, de négligence des procédés d’évaluation des réalisations, il reste difficile de se faire une idée sur l’importance et l’opportunité du projet et encore moins sur l’efficacité et l’efficience de sa mise en œuvre.
Une vision en chasse une autre
La feuille de route nationale pour le développement du gaz naturel 2021–2050, lancé au cours de l’été 2021, explicitant la stratégie énergétique nationale, ressemble à s’y méprendre à celles qui l’ont précédé, souligne le CMC.
Ce nouveau plan gazier se fixe comme objectif de garantir la sécurité d’approvisionnement, en veillant à la diversification énergétique, dans un souci de substituer progressivement les énergies dites vertes et durables à celles connues pour être d’origine fossile.
Une mention particulière est tout de même accordée au gaz naturel, qualifié d’énergie fossile propre et partant, aurait le caractère idoine pour servir de levier dans la transition énergétique du Maroc.
Les axes stratégiques, à cet égard, s’articuleraient autour de la mise en place d’un marché régulé de gaz naturel, adossé à une infrastructure gazière structurante. Les objectifs projetés viseraient à élargir l’accès des industriels et autres consommateurs à une énergie compétitive, tout en contribuant à une amélioration de la compétitivité des opérateurs industriels et en donnant lieu à des opportunités de sous-traitance en liaison avec la filière gazière.
L’opération se construit selon trois jalons principaux: une appréciation de l’évolution de la demande, particulièrement celle dite « Gaz to industry », considérée comme vecteur porteur du développement du marché gazier. Ce, parallèlement à l’intérêt qui sera consacré à la demande « Gaz to Power » qui soutiendra la production d’énergie de remplacement progressif du charbon.
Enfin, lors d’une troisième étape, il est question d’analyser les différentes alternatives d’approvisionnement en GN et GNL, par le tronçon marocain réaménagé du gazoduc (GME), auquel s’ajouterait des unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU), des terminaux onshore et des flux multidirectionnels.
Il reste, toutefois, que les manifestations lancinantes de la crise pandémique ambiante n’ont pas encore desserré toutes les entraves… conclut le CMC.
La question demeure donc posée, la vision 2021-2050 réussira-t-elle là où ont échoué toutes celles qui l’ont précédée ?














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