Depuis le lancement de la stratégie énergétique nationale en 2009, le Royaume du Maroc a initié plusieurs projets dans le but d’exploiter ses potentialités en ressources renouvelables abondantes. Ainsi, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a annoncé, dans sa lettre au COP21 à Paris, la nouvelle vision du Maroc à atteindre 52% de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national, en plus de 42% en 2020 ciblée depuis 2009.
De grandes stations sont déjà en production et d’autres sont en cours de construction. Il s’agit principalement de projets d’énergies hydrauliques, éoliennes ou solaires. Cependant, l’intermittence de ces sources nécessite le recours aux solutions de stockage d’énergie pour accumuler l’excès d’électricité produite durant les périodes de pointe pour son utilisation durant les heures de pénurie (nuits, journées hivernales sombres, périodes d’absence de vent…). Ces solutions servent également à stocker le surplus d’électricité dans une zone pour l’acheminer vers d’autres besoins.
Nombreuses sont les techniques de stockage d’électricité. Les plus connues du grand public sont les batteries vu leur usage familier dans les véhicules, et pour le backup de l’alimentation électrique résidentielle ou industrielle, en plus des appareils portables (PC, smartphones…). Pourtant, les méthodes utilisées pour le stockage, notamment à grande échelle, sont nombreuses et regroupées en six catégories : les batteries à l’état solide, les batteries à flux, les volants d’inertie (Flywheels), l’air comprimé, le stockage thermique et l’hydroélectricité pompée. Seules ces deux dernières sont utilisées au Maroc pour les grandes stations de production d’électricité (Utility-scale).
Choix technologique limité 
Le premier projet de stockage d’électricité à grande échelle au Maroc est la Station Station de transfert d’énergie par pompage (STEP) d’Afourer (à 30 kilomètres de Béni Mellal) d’une capacité de 460 MW, mise en service en 2004. Elle consiste en un dispositif hydraulique composé de deux réservoirs d’eau de 1,3 million m3 reliés par une conduite (pipeline) avec deux unités de production hydroélectrique entre les bassins. Le stockage y est réalisé via la technique « pompage-turbinage » ; en heures creuses (23 à 7h), l’eau est pompée vers un bassin supérieur ; lorsque la demande augmente en cours de journée (18 à 23h), l’eau emmagasinée est libérée du réservoir haut via les tuyaux pour faire tourner les turbines des deux unités de production pour alimenter le réseau national.
Le deuxième projet de stockage d’énergie en service, déjà opérationnel, est intégré dans les trois stations solaires Noor CSP I, II et III constituant le Complexe Noor Ouarzazate de 580 MW. Chacune de ces stations, qui utilisent des technologies solaires thermodynamiques à concentration (CSP),  dispose d’un système de stockage thermique via le sel fondu (molten salt) pour assurer la continuité de production pendant les périodes d’absence d’ensoleillement: 3 heures pour Noor I CSP de 160 Mégawatts (MW), 7 heures pour Noor II CSP de 200 MW et 7 heures pour Noor III CSP de 160 MW. Cette technologie permet de stocker la chaleur obtenue par concentration du rayonnement solaire dans de grandes cuves remplies de sels fondus.
D’autres grands projets de stockage d’énergie sont en phase de construction ou d’étude. La capacité de stockage hydraulique sera renforcée par la STEP d’Abdelmoumen située dans la province de Taroudant. La station, pilotée par l’ONEE, est en cours de construction depuis juillet 2019 après avoir attribué le projet au consortium mené par le français Vinci Construction et comprenant la société Andritz Hydro. Ce contrat de 284 millions d’euros consiste à la réalisation d’une STEP de deux bassins reliés par une conduite de transfert de 3 Km avec une usine hydroélectrique réversible de 350 MW située au milieu.
Le stockage thermique CSP a été choisi également pour assurer 5 heures d’autonomie pour la 1ère phase de la station Noor Midelt de 800 MW en technologie hybride: thermodynamique (CSP) et photovoltaïque (PV). Une 2ème phase, en cours de pré-qualification par MASEN, met en compétition différentes technologies solaires avec stockage, notamment le Photovoltaïque (PV) et le Solaire Thermodynamique (CSP) associés aux différentes technologies de stockage thermique ou batterie, dans le but d’assurer une puissance stable injectée dans le réseau allant jusqu’à 230 MW.
Cadre législatif et réglementaire en attente
En terme du cadre législatif et réglementaire, il n’existe pas de texte de loi dédié exclusivement à la régulation du stockage d’énergie. Les réglementations concernant la question du stockage d’énergie se trouvent dans la loi applicable à la production d’électricité. Néanmoins, la législation sur le stockage de l’électricité devrait évoluer pour répondre aux changements et défis présentés par cette nouvelle dynamique de transition énergétique, notamment la généralisation d’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire marocain, ainsi que la pénétration de véhicules électriques au marché marocain.
En effet, la mise en œuvre de la politique de stockage stratégique, selon le premier article du décret n° 2-14-541, relève des attributions du département de l’énergie et des mines du ministère de tutelle. Ceci dit, la mise en œuvre des exigences de la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables et son amendement par la loi 58-15 ainsi que la loi 47-09 relative à l’efficacité énergétique pourraient amener à promulguer de nouveaux textes législatifs spécifiques au stockage d’énergie.
En terme de standardisation, l’Institut Marocain de Normalisation (IMANOR) a adopté des normes applicables au stockage via batteries. Ainsi, la norme NM CEI 61427-1 définit les conditions générales applicables au stockage sur batterie pour les énergies renouvelables, les norme NM EN 12977 3 et 4 spécifient respectivement les méthodes d’essai des performances des dispositifs de stockage pour le chauffage solaire (NM EN 12977 4 concerne le chauffage solaire de l’eau).
Une politique de recherche et développement en vue de promouvoir le stockage d’énergie
Le stockage d’énergie devra profiter de la politique de renforcement de l’écosystème national de promouvoir l’innovation dans le secteur énergétique. C’est dans cette optique que l’Institut de Recherche en Energie Solaire et Energies Nouvelles (IRESEN), acteur principal de la R&D appliquée en nouvelles technologies énergétiques, a adopté une stratégie visant la mise en place d’un réseau de plateformes spécialisées dans des sujets spécifiques jugés prioritaires. Ainsi, les deux premières plateformes à Benguérir déjà opérationnelles sont susceptibles de traiter des sujets de stockage : Green Energy Park spécialisé en technologies solaires PV et CSP, vu que ce dernier inclut le stockage en “sel fondu” et Green And Smart Building Park spécialisé en efficacité énergétique et mobilité durable, étant donné que les véhicules électriques requièrent l’usage des batteries de stockage, notamment en Lithium-Ion.
En plus, une feuille de route est en cours de préparation pour explorer le potentiel de production d’hydrogène à partir des sources renouvelables. Ainsi, le Maroc est susceptible de devenir un exportateur de l’hydrogènes et l’ammoniac verts qui servent comme moyen de stockage d’énergie en plus de leur exploitation et exportation en tant que matière première pour l’industrie et carburant vert pour le transport. Cette vision a amené l’IRESEN à mettre en place sa nouvelle plateforme de recherche “GreenH2A” qui verra le jour en janvier 2020 et portera sur la production de carburant vert à base d’énergie renouvelable et stockage d’énergie.
Financement du stockage d’énergie
L’un des défis majeurs à relever pour ces projets de stockage d’énergie, est la rareté des offres de financement d’application à grande échelle, vu leur coût élevé par rapport au coût global actualisé des solutions. Ceci explique le recours aux solutions financées par les institutions financières internationales. Ainsi, le choix du CSP pour les premiers projets d’énergie solaire au Maroc  était justifié par son intégration du stockage et son financement par la Banque mondiale. Cette dernière est l’une des 30 organisations qui coopèrent pour concevoir des installations de stockage adaptées aux besoins des pays en développement dans le cadre de l’initiative “Energy Storage Partnership (ESP)” lancée lors de la 10e Réunion ministérielle sur l’énergie propre à Vancouver en Mai 2019. Aussi, le Groupe de la Banque Mondiale a annoncé en septembre 2018 le lancement d’un programme mondial doté d’un milliard de dollars en faveur du développement du stockage de l’électricité sur batterie. Ce programme vise à financer le développement de 17,5 GWh de capacités de stockage d’ici 2025.
En ce qui concerne le financement des projets d’innovations et de recherche, des appels à projets sont lancées chaque année par l’IRESEN dans le cadre des deux programmes : INNO-PROJECT visant le soutien de la R&D appliquée orientée marché, et INNO-BOOST ciblant les porteurs de projets innovants ayant déjà développé des produits, procédés ou services innovants. En outre, des programmes d’incubation ont été lancés par le Cluster Solaire fondé par MASEN en collaboration avec d’autres acteurs dans le domaine. Des solutions novatrices de stockage d’énergie peuvent être financée dans le cadre de ces programmes.
Un avenir prometteur conditionné
La réussite de la stratégie énergétique marocaine est tributaire de la mise en place de solutions de stockage d’énergie les mieux adaptées au contexte marocain. Outre le développement des solutions qui ont déjà prouvé leur maturité comme les STEPs et le stockage CSP, il est temps de réaliser des benchmarks avec de nouvelles technologies telles que les batteries lithiums et le stockage via hydrogène dans le cadre des techniques Power-To-X ambitieuses en phase de R&D.
La promulgation d’une loi pour réglementer le stockage d’énergie, ou au moins l’intégration de nouvelles articles dans l’amendement en cours de la loi 13-09 relative aux EnRs, s’avère nécessaire pour pouvoir entamer la mise en place de nouveaux projets de stockage à grande échelle. Aussi, Il est recommandé d’y intégrer des incitations fiscales afin d’encourager l’entreprenariat dans le domaine du stockage d’énergie dans une perspective d’ouvrir, à travers les Smart grids, le réseau électrique national aux injections du surplus des industriels et particuliers.
Seddiq SEBBAHI
             Ingénieur chercheur en Énergies Renouvelables, Stockage
d’Énergie et Efficacité Énergétique.
Quand on payera le kWh à 0,05dh on aurait raison de nous jetter des fleurs.. Mais quand on paye le kWh au prix de 1,4 1,7 dh, on est dans la merde énergétique.
Article bien écrit














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