Le président de L’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) a rencontré récemment les membres de la délégation parlementaire du Comité de la coopération économique et du développement du Parlement fédéral allemand. Il revient sur l’essentiel de cette rencontre et détaille les objectifs  de l’association.    
Vous avez eu l’occasion, le 7 juin, de rencontrer, en votre qualité de président de l’AMIC, la délégation du Parlement fédéral allemand, à l’occasion de sa première visite au Maroc, et ce, après la normalisation des relations entre les deux pays. Quels étaient les sujets d’intérêt commun discutés ?
Cette rencontre a été organisée par l’équipe du Bureau de la KFW au Maroc, que je remercie pour son implication dans le développement du capital-investissement national. Les discussions ont essentiellement porté sur le rôle du capital-investissement dans la mise en œuvre de notre Nouveau modèle de développement (NMD) et sur l’appui que peut apporter la coopération allemande à cette industrie.
Quelles pistes ont été explorées pour optimiser la coopération entre l’Allemagne et le Maroc dans votre domaine ?
Ces discussions m’ont permis de mettre en relief la nécessité absolue de repenser la coopération pour privilégier l’appui à l’investissement privé au Maroc. Comme vous le savez, l’investissement dans le Royaume affiche, depuis plus de 10 ans déjà, l’un des taux les plus élevés au monde, environ 30% du PIB, alors que la moyenne mondiale est de l’ordre de 20%. Or, avec ce niveau d’investissement, nous devrions avoir des taux de croissance et de création d’emplois comparables à l’Asie.
Pourtant, nous plafonnons à 5% de croissance moyenne. Selon tous les experts, ce manque d’efficience s’explique principalement par deux aspects. Le premier concerne la prépondérance de l’investissement public qui représente les deux tiers des investissements, 245 milliards de dirhams prévus par le projet de loi de Finances 2022, alors qu’il représente, la plupart du temps, moins de 15% ailleurs. Le second aspect concerne la tendance de l’investissement privé, qui représente l’autre tiers et qui n’est pas assez orienté vers les secteurs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée. Pour redynamiser l’investissement privé, et donc réussir le challenge de la relance économique, il faut faire comme les pays les plus efficients en matière d’investissement : développer le capital-investissement national.
La CGEM va dans le même sens, puisque son Livre Blanc pour la mise en œuvre du NMD recommande, notamment, de renforcer les fonds propres des entreprises opérant dans les secteurs stratégiques pour le Maroc. D’autant plus que le capital-investissement connaît une évolution très favorable dans le pays ces dernières années. Justement, les équipes de gestion sont expérimentées et performantes. Quant au cadre légal et réglementaire OPCC, il est solide, sous la supervision de l’AMMC, et en constante adaptation. De plus, nous observons une augmentation continue des levées de fonds par les équipes de gestion locales, ainsi que des investissements dans les PME non cotées.
D’ailleurs, 1,2 milliard de dirhams ont été investis en 2021 pour 30 entreprises, sachant que 1 dirham investi en capital-investissement par un fonds peut générer jusqu’à 7 dirhams d’investissement par l’entreprise investie. Ceci sans oublier l’élargissement du capital-investissement marocain au stade du capital-innovation (seed & venture capital), grâce à l’initiative Innov invest du ministère des Finances, portée par TamwilCom. En effet, 18 des 30 entreprises investies en 2021, soit 60% des investissements en nombre d’entreprises, l’ont été par le capital-innovation.
Qu’en est-il des impacts du Capital-investissement ?
Toutes les études montrent clairement les impacts positifs du capital-investissement. Citons, en premier lieu, l’amélioration de la structure financière des entreprises investies, par le renforcement de leurs fonds propres et l’amélioration de leur capacité d’endettement, et donc d’investissement, à long terme (je rappelle ici le rapport de 1 à 7 entre l’investissement du fonds et celui de l’entre prise investie). Le Capital-investissement permet aussi d’améliorer les capacités institutionnelles et managériales des entreprises investies, mais aussi de renforcer leur responsabilité sociale et environnementale ainsi que l’innovation et l’adaptabilité de leurs business model. La meilleure illustration de ces externalités positives a été donnée en pleine crise pandémique : les entreprises investies par le capital-investissement ont enregistré une croissance de 1% en 2020, alors que, au cœur de la crise, les entreprises marocaines ont connu, en moyenne, une baisse d’activité de 30% et que le PIB national se contractait de 6,3% en 2020.
Alors comment renforcer le capital-investissement au Maroc ?
Au regard de la conjoncture actuelle, la principale faille de marché concerne le capital-relance (ou capital-retournement). Il existe de nombreuses PME et ETI à fort potentiel dans les secteurs stratégiques pour le Maroc, dont la capacité d’investissement est contrainte par une situation financière dégradée par quatre chocs exogènes (Covid, Ukraine, sécheresse et inflation importée) successifs.
Pour couvrir cette faille de marché, il convient d’appuyer l’émergence d’instruments de capital-relance, intervenant en fonds propres et en dettes mezzanine. L’objectif est de rétablir la structure financière des PME et ETI ciblées pour leur permettre de continuer à investir et les accompagner techniquement et financièrement. Il s’agit, dans ce sens, du repositionnement de leurs business model pour leur permettre de s’insérer dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales de proximité post-Covid et post-guerre d’Ukraine (notamment vis-à-vis de l’Europe qui ne souhaite plus dépendre de la Russie ou de la Chine pour ses importations stratégiques). La transition énergétique de ces PME et ETI est aussi importante à cet égard, en investissant, notamment, dans des dispositifs d’autoproduction décarbonée et d’efficacité énergétique, pour faire de l’entrée en vigueur de la Taxe carbone dans l’Union européenne une opportunité et un levier de compétitivité pour les entreprises installées au Maroc.
De plus, la transition numérique de ces PME et ETI et leur migration vers les secteurs de la Nouvelle économie, leur apporteront plus de compétitivité et leur permettront de lever les barrières logistiques et les contraintes géographiques. Il faudra aussi maximiser les impacts socio-économiques sur l’environnement, sur la structuration de filières économiques créatrices d’emplois et de valeur, sur le développement de territoires défavorisés, ainsi qu’en matière d’égalité genre, d’inclusion des jeunes et de  résorption de l’informel, notamment. C’était notre principal message à la coopération allemande, et au-delà, à l’UE dont nous avons également rencontré les principaux responsables à plusieurs reprises, en mai et en juin, à travers la Délégation de l’UE au Maroc.
Les indispensables au développement de l’investissement 
Afin de renforcer les investissements nationaux, l’AMIC lance un appel à contribution via les institutions financières de développement européennes (KFW, BEI, BERD, AFD/PROPARCO, FMO…) dans les fonds de capital-relance, car la faille de marché est profonde dans le domaine de la restructuration/retournement des entreprises, alors que les impacts en matière de création de valeur et d’emplois sont très importants.
Il est aussi nécessaire d’appuyer la modernisation du cadre fiscal, juridique et réglementaire du capital-investissement marocain, à travers la suppression de la TVA sur les charges des fonds de capital-investissement, l’accélération de la réforme de la loi OPCC, mais aussi grâce à l’introduction, dans la loi sur la SA, des instruments juridiques du capital-investissement et, notamment, les Bons de souscription d’actions (BSA).
D’un autre côté, il s’agit d’accompagner la simplification et la digitalisation des procédures administratives, notamment du parcours administratif de l’investisseur, l’amélioration de l’accès aux marchés publics, en particulier pour les TPME, via l’élimination de certains critères d’attribution discriminants dans les appels d’offres publics. Il faut aussi accélérer l’introduction des amendements à la loi sur les délais de paiement, et appuyer l’accès à un foncier qui soit compétitif et de qualité.
Abbas Aït Ider / Les Inspirations ÉCO
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