Benoit Bazin, directeur général de Saint-Gobain, entreprise française spécialisée dans la production, la transformation et distribution de matériaux, appelle à relever les défis de la rénovation énergétique des bâtiments. 
Voici sa tribune : « La question énergétique est un condensé des enjeux climatiques, économiques et géopolitiques. À cet égard, une seule certitude prévaut : l’énergie que nous économisons nous rend plus forts tandis que celle que nous consommons, ou gaspillons, nous fragilise et accroît notre dépendance. Il nous faut colmater le principal foyer de perte énergétique : nos bâtiments. Une évaluation de l’Agence internationale de l’énergie établissait en 2019 à 38 % la part des bâtiments dans la production des émissions de gaz à effet de serre.
Dans ce même rapport, l’Agence estimait que, pour se mettre sur la voie d’un parc bâti neutre en carbone d’ici à 2050, les émissions directes de CO2 des bâtiments devaient diminuer de 50 % d’ici à 2030 et les émissions indirectes de 60 %, soit une baisse d’environ 6 % par an pendant la décennie actuelle.
Pourquoi revenir aujourd’hui sur ce rapport de 2019 ? Parce que nous sortons de la période Covid avec un bilan mitigé : si le ralentissement de l’économie a d’abord fait baisser les émissions, les perturbations sanitaires sur les chantiers, puis la crise géopolitique et énergétique qui perturbe les approvisionnements ont aussi occasionné bien des retards dans l’exécution des travaux. Le nombre des rénovations, seules à même d’améliorer structurellement la performance énergétique des bâtiments, reste très en deçà des objectifs fixés et met en péril notre trajectoire climatique.
Le secteur de la construction doit aussi être considéré comme stratégique
Si l’énergie a toujours été un enjeu géopolitique majeur, aujourd’hui le secteur de la construction doit aussi être considéré comme stratégique. C’est de la qualité des constructions et de la rénovation du bâti que dépendent nos principales économies d’énergie. L’approvisionnement en énergie nous rend très dépendants, notamment pour les énergies fossiles dont nous avons encore besoin. Mais les économies d’énergie que nous pouvons réaliser grâce à une filière du bâtiment dynamique ne dépendent en revanche que de nous et de l’appui que nos États choisissent d’apporter au secteur. Encourager, accompagner, accélérer la rénovation, c’est choisir d’avancer efficacement sur le principal vecteur de solutions à notre trajectoire climatique, de surcroît celui sur lequel nous avons entièrement la main.
Au-delà du bénéfice environnemental majeur qui en découlera s’ajoutent bien d’autres impacts positifs pour nos concitoyens, au premier rang desquels une hausse du pouvoir d’achat des ménages avec une baisse des dépenses de chauffage, l’amélioration des espaces de vie et de travail, sans oublier la création d’emplois locaux. Engager rapidement une politique ambitieuse de construction et de rénovation, c’est agir concrètement pour le climat, en fédérant les ressources et les talents du public comme du privé, et en visant d’emblée le bon ordre de grandeur des investissements nécessaires pour respecter notre trajectoire climatique.
Le groupe Saint-Gobain, que j’ai l’honneur de diriger, a investi depuis des années pour soutenir toutes les initiatives et tous les engagements qui contribuent à l’amélioration énergétique des bâtiments. Ces programmes montent en puissance, que ce soit à l’échelle européenne (Fit for 55, visant à réduire de 55 % les émissions de carbone en Europe d’ici à 2030) ou au niveau national (en France, Ma Prime Rénov’ depuis 2021). Ils s’appuient sur des entreprises compétentes, innovantes et responsables, ainsi que sur tous les artisans engagés à travers notre pays.
S’ils ont fait la preuve de leur efficacité, les résultats restent toutefois bien en deçà des besoins. Face à l’urgence climatique, nous devons changer de rythme et mobiliser des moyens d’une bien plus grande ampleur. C’est maintenant qu’il faut faire preuve d’audace et d’inventivité pour démultiplier l’effort et l’investissement. Les deux tiers du bâti de 2050 sont déjà construits aujourd’hui, amplifions fortement le plan de rénovation des logements individuels et collectifs et, surtout, attaquons-nous sérieusement au parc public (écoles, hôpitaux, crèches, mairies), qui est le plus en retard alors qu’il devrait être exemplaire. Rien qu’en France, cela concerne près de 100 millions de mètres carrés relevant de l’État et 280 millions appartenant aux collectivités territoriales, pour la plupart construits avant 1975 ! Le défi est là, relevons-le ensemble : défi de la rénovation pour plus de sobriété, donc de souveraineté énergétique. »

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