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En marge de la célébration des trente ans de présence au Maroc de l’Agence française de développement, son directeur général revient pour Médias24 sur l’utilité de cette banque publique d’investissement française, les actions réalisées ainsi que les projets.
Le 8 février 2022 à 11h59
En marge de la célébration des trente ans de présence au Maroc de l’Agence française de développement, son directeur général revient pour Médias24 sur l’utilité de cette banque publique d’investissement française, les actions réalisées ainsi que les projets.
Médias24 : Commençons par rappeler la mission de l’AFD…
Mihoub Mezouaghi : L’AFD est un établissement financier public qui intervient dans les pays dits en développement, comme le Maroc où il est présent depuis plus de trente ans.
Pour cela, il mobilise des financements essentiellement sous forme de prêts, mais aussi de dons délégués par l’État français ou par des institutions internationales (l’Union européenne en premier lieu). Cette ressource en dons est le plus souvent affectée à une assistance technique des partenaires.
En tant qu’établissement public, l’AFD est un outil au service de la politique publique de coopération et de solidarité internationale de la France. Il convient également de préciser que l’AFD est un groupe composé de deux filiales : Proparco dédiée au financement du secteur privé, et Expertise France pour le pilotage de programmes d’assistance technique et de mobilisation de l’expertise publique.
En réalité, l’AFD fait partie de la famille des banques publiques de développement, nationales et internationales, dont la vocation est de contribuer à l’effort d’investissement public en matière de développement durable, et de créer des conditions favorables à l’investissement privé. Ces banques sont particulièrement précieuses en période de crise du fait de leur rôle contra-cyclique.
Par ailleurs, l’AFD préside le Club IDFC (International Development Finance Club), qui regroupe 26 banques publiques de développement, dont la CDG qui y représente le Maroc.
– Les prêts accordés offrent donc des taux d’intérêt préférentiels…

– En fait, il s’agit de taux d’intérêt concessionnels. En première clarification, les financements de l’AFD ne proviennent pas a priori du budget de l’État français. En effet, les ressources financières sont levées sur le marché international, avec une signature France qui permet d’emprunter à des coûts relativement bas.
L’AFD transforme ensuite cette ressource en investissements à impact social, économique et environnemental. Selon la nature du projet, des dons de l’État français peuvent bonifier le prêt.
– C’est-à-dire ?
– Les taux d’intérêt pratiqués seront abaissés par ces subventions. Et ce, pour orienter les financements vers des priorités définies de manière conjointe avec nos partenaires marocains.
– Peut-on avoir une idée des taux d’intérêt pratiqués ?
– La réglementation oblige à la confidentialité. Je peux cependant vous confirmer que ces financements sont de longue maturité, en moyenne de quinze à vingt ans, et qu’ils sont concessionnels, donc à des taux relativement bas.
– L’AFD n’a donc aucune vocation lucrative…

– Du tout. Par son activité, elle est plutôt partenariale.
C’est à la fois un instrument de financement de long terme, de dialogue stratégique sur les trajectoires de développement durable, et de mobilisation d’expertises. Ces instruments sont, le plus souvent, articulés à ceux de nos partenaires nationaux et internationaux.
– Un exemple ?
– Prenons l’exemple des instituts à gestion déléguée cofinancés par l’AFD. Parmi eux figurent l’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile (IFMIA), l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) et, plus récemment, l’Institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE).
Le financement a bien entendu été affecté aux travaux de construction et d’équipement. Mais il a surtout entraîné un partenariat financier (en cofinançant ces projets avec le Royaume du Maroc et l’Union européenne), pédagogique (en mobilisant diverses expertises de formation), industrielle (en associant le secteur privé à leur gouvernance) et, plus globalement, économique (en favorisant la création d’emplois et l’employabilité des jeunes diplômés).
– À l’instar de la francophonie, le but de l’AFD n’est-il pas d’exporter les valeurs de la France ?
– Là encore, le point de départ n’est pas celui-ci. Le financement de l’AFD répond d’abord à un projet, ou à une politique publique définie et portée par notre partenaire.
Cela dit, le dialogue partenarial qu’il induit repose nécessairement sur un dialogue dans lequel l’AFD apporte une expertise, qui est nécessairement le résultat de son histoire. La France, comme tous les pays, a sa propre expérience, et donc sa propre conception des problématiques et des options de solutions. Je vous confirme que, par construction, l’AFD apporte avec elle cette expérience dans le cadre de ses missions.
La réalité est en fait plus vertueuse. L’AFD apprend aussi de l’expérience de ses partenaires à travers 120 pays, contribuant ainsi à renforcer sa compréhension des situations et son offre de solutions financières et non financières.
L’intelligence est aujourd’hui sur tous les continents ; des innovations sociales s’y produisent pour apporter une solution à un problème, qui parfois peuvent bénéficier à d’autres. L’enjeu devient davantage de connecter et de faire converger ces intelligences à travers des relations partenariales.
Je crois que, dit ainsi, cela correspond davantage à l’utilité publique de l’AFD et à son rôle.
– L’aide financière de l’AFD n’est-elle pas un outil pour faire travailler des entreprises françaises au Maroc ?
– Les financements de l’AFD sont dits déliés. Cela signifie que les marchés financés font l’objet d’un appel d’offres ouvert. L’AFD ne participe pas à la commission d’attribution des marchés.
Nous faisons confiance aux maîtrises d’ouvrage, qui choisissent l’offre technique la plus adaptée aux besoins qu’ils ont eux-mêmes définis. En revanche, nous veillons sur le fait que la passation de marché a bien respecté la réglementation et les bonnes pratiques.
Si des financements AFD ont bénéficié à des entreprises françaises, cela signifie que nos partenaires ont estimé qu’il s’agissait de la meilleure option financière et technique.
– Dans ce cas, pourquoi les chantiers du TGV et du tramway ont-ils été attribués à des entreprises françaises ?
– Ces deux chantiers ne sont pas de même nature. Le premier a été porté par les chefs d’État et scelle un partenariat stratégique. Le second a résulté du process que je vous ai décrit.
Je suis persuadé qu’un pays comme le Maroc se dotera à moyen terme d’un instrument de même type pour connecter le Maroc à l’Afrique.
– Dans ce cas, que gagne l’AFD exactement ?
– L’AFD est un établissement public qui sert une politique publique de coopération. Elle gagne à réaliser au mieux ses missions et à contribuer à connecter la France au monde.
À ce propos, je suis persuadé qu’un pays comme le Maroc se dotera à moyen terme d’un instrument de même type pour connecter le Maroc à l’Afrique.
Notre action est portée par une relation bilatérale fondamentalement forte, qui a encouragé la diversification et la profondeur de notre portefeuille de financements.
– Le Maroc est classé premier en termes d’octroi de financements de l’AFD. Quelle en est l’explication ?
– À mon sens, il y a trois raisons. D’abord parce que le Maroc a engagé depuis deux décennies un effort d’investissement public constant et élevé, parmi les plus élevés en Afrique (près de 30% du PIB). Pour financer cet investissement, le Maroc a mobilisé ses partenaires financiers internationaux, dont l’AFD.
Ensuite, la qualité de nos partenaires permet globalement une exécution rapide des projets. Un établissement financier sera forcément d’autant plus appétent au risque que son partenaire est crédible.
Enfin, notre action est portée par une relation bilatérale fondamentalement forte, qui a encouragé la diversification et la profondeur de notre portefeuille de financements. Par ailleurs, la proximité géographique et les interdépendances humaines ont nécessairement un impact positif.
– Le Maroc est donc le meilleur client de l’AFD…
– Le Maroc est notre premier partenaire financier. Ce serait plus juste de le dire ainsi.
– Trente ans après son installation au Maroc, hormis le TGV et le tramway, quels sont les projets les plus emblématiques auxquels l’AFD a participé ?
– Je ne saurais ici vous faire une liste exhaustive tant le champ des projets est étendu. Mais si vous souhaitez que j’illustre un projet emblématique, j’en choisirais trois de manière très arbitraire.
Celui conduit par l’ONEE en matière d’infrastructure d’accès à l’eau potable dans les régions du Nord qui, contrairement aux idées reçues, souffrent d’un problème aigu de stress hydrique.
Celui des instituts à gestion déléguée, dans lesquels, avant la crise Covid, le taux d’insertion professionnelle atteignait en moyenne près de 85%.
Enfin, celui avec la Fondation nationale des musées, qui vise à faire émerger une expertise africaine dans les métiers de la préservation du patrimoine culturel.
Ces trois projets sont très différents dans leur finalité et dans les volumes financiers, mais ils illustrent le large spectre des projets, et la diversité qui irrigue notre partenariat.
– Quelle a été la ventilation par secteur d’activité des 7,6 milliards d’euros attribués depuis trente ans ?
– Le portefeuille de projets est très diversifié et couvre de nombreux secteurs (transport, énergie, éducation, santé, agriculture, etc.). Mais la cohérence est ailleurs.
Au cours de notre dernier cycle quinquennal entre 2017 et 2021, 85% de nos financements ont eu un impact à co-bénéfice climat (en matière d’atténuation ou d’adaptation au changement climatique). Cela confirme l’agenda prononcé de l’AFD en faveur du climat.
– Est-ce que le Maroc est un bon emprunteur ?
– Notre cotation du risque Maroc est parmi les meilleures. Cela signifie notre confiance à l’égard de notre emprunteur.
– La crise sanitaire vous a poussé à recentrer vos activités sur des projets comme la protection sociale…

– La protection sociale universelle est l’une des réformes clés du Royaume, dont l’AFD a participé au financement, en particulier à la réforme de l’AMO à travers un prêt à l’État de 150 millions d’euros, et une subvention d’assistance technique de 4 millions d’euros.
Plus globalement, les projets de l’AFD seront recentrés sur l’impact climat, le développement humain et le financement des territoires. Et cela dans un alignement des orientations du Nouveau Modèle de développement.
– Quid du financement du projet de connexion de LGV Casablanca-Marrakech, puis Marrakech-Agadir ?
– Le projet est en phase d’étude. Lorsque le temps du montage financier sera venu, la partie marocaine engagera un dialogue avec ses partenaires financiers. Et bien entendu, le moment venu, nous serons à la disposition de nos partenaires.
– Quels sont les projets prioritaires pour l’avenir ?
– Pour les cinq prochaines années, nos financements seront orientés selon quatre axes stratégiques :
* la relance par l’investissement privé et les initiatives entrepreneuriales ,
* l’inclusion économique des jeunes et des femmes par le développement humain ,
* la décarbonation de l’économie ,
* la résilience écologique des territoires.
– Dans dix ans, comment voyez-vous l’AFD au Maroc ?
– Difficile de se projeter à cet horizon. Possiblement, elle sera davantage une banque publique de développement qui cofinancera, avec des partenaires financiers marocains, des projets dans les territoires, et sans doute aussi sur le continent africain.
Le 8 février 2022 à 11h59
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